Bruno Angsthelm, Yves Dossou : Election présidentielle au Togo

Publié le par Etienne Lozay

Source : La croix 23/04/2015

Election présidentielle au Togo: un pouvoir ambivalent qui tergiverse. Bruno Angsthelm, chargé de mission Afrique au CCFD-Terre solidaire. Yves Dossou, coordinateur national de Solidarité action pour le développement durable, partenaire de longue date du CCFD-Terre solidaire au Togo

D'ici à la fin du mois d'avril, les Togolais seront appelés aux urnes pour l'élection présidentielle. 88 % d'entre eux n'ont connu que la famille Gnassingbé (Eyadema, le père, en 1967 puis Faure, le fils, en 2005) indique le rapport « Tournons la page » (1) paru récemment. Accédant au pouvoir d'abord par la force, puis par une élection incontestablement truquée, marquée par la mort de 500 personnes, Faure Gnassingbé est de nouveau candidat. Sur quel bilan et surtout avec quelles perspectives ?

Le bilan est ambivalent. Les acteurs de la vie politique et de la société civile s'accordent pour reconnaître un certain nombre de changements positifs depuis dix ans. Un leader politique pourtant peu amène avec le pouvoir indiquait récemment: « S'il n'y avait pas la question du nom (de son père), le bilan est acceptable. » Le changement le plus important est probablement celui de la liberté de parole à tous les niveaux de la société. La peur a globalement disparu au quotidien. Par exemple, le paysan qui parlait à l'administrateur le dos courbé, en signe de soumission, lui parle aujourd'hui les yeux dans les yeux et peut contester, poliment, ses positions.

Mais si une parole s'est libérée, le dialogue politique reste inabouti. La gouvernance publique s'est améliorée mais la corruption est toujours trop forte. Des progrès sociaux significatifs ont eu lieu mais la justice est corrompue. De meilleures infrastructures ont été développées mais les listes électorales restent peu fiables… La liste pourrait continuer.

La vie politique est très tendue et finalement très classique, faite d'alliances, de déchirements, d'accusations de trahison… Au sein du pouvoir, les milieux conservateurs issus de l'ancien parti unique, le Rassemblement du peuple togolais (RTP), font tout pour garder leurs positions et prébendes, tandis qu'ont émergé des forces réformistes soutenues par le président-fils qui ont commencé à transformer le système. Mais à l'approche des élections tout le monde resserre les rangs, et le pouvoir revient aux vieilles pratiques très contestables. Pour l'élection présidentielle de 2010, ce fut la panne « inopinée » du système de transmission par satellite des résultats, aujourd'hui peut-être le manque de fiabilité des listes électorales… C'est aussi et surtout toujours la faiblesse et la division d'une opposition en difficulté face à un pouvoir fort, structuré et qui contrôle les leviers de la société. Malgré des dizaines de marches militantes, elle n'a pas réussi à faire basculer le peuple contre le régime, même après la révolution burkinabé d'octobre 2014.

Depuis 2009, plusieurs associations togolaises analysent la situation et publient régulièrement (avec l'appui du CCFD-Terre solidaire) des rapports (2) qui cherchent à mesurer objectivement les avancées politiques, sociales et en matière de droits humains. À l'encontre des exercices de rhétorique trop faciles, ces rapports témoignent de la complexité du passage d'un régime très autoritaire à un régime plus ouvert et démocratique.

« Promettre une avancée, faire patienter, reculer, piéger », c'est ainsi qu'un diplomate en poste à Lomé décrit la situation de ce pays. Le président, qui semble ouvert aux débats et négocie avec les forces sociales, n'envisage pas et n'accepte manifestement pas de renoncer au pouvoir. Au-delà d'une alternance, réclamée comme un dû par l'opposition, c'est la fin d'un monopole du pouvoir et de la corruption que la population togolaise veut voir advenir. Si Faure Gnassingbé l'emporte une nouvelle fois, il devra comprendre qu'elle ne supportera plus les tergiversations. Elle attend un État de droit, social et impartial qui prenne en compte son aspiration à une vie meilleure.

 

  1. Rapport du collectif « Tournons la page » Site : http://tournonslapage.com/
  2. Six rapports publiés dont le dernier « Démocratie à double vitesse, l'ambivalence d'un pouvoir qui tergiverse », 7 avril 2015. Site : ccfd-terresoldiaire.org

[1] Rapport du Collectif « Tournons la page » sur: http://tournonslapage.com/ [2] Six Rapports publiés, dont le dernier

« Démocratie à double vitesse, l'ambivalence d'un pouvoir qui tergiverse » 7 avril 2015, sur ccfd-terresoldiaire.org

 

ANGSTHELM Bruno, DOSSOU Yves

http://www.la-croix.com/Archives/2015-04-23/Election-presidentielle-au-Togo-un-pouvoir-ambivalent-qui-tergiverse.-Bruno-Angsthelm-charge-de-mission-Afrique-au-CCFD-Terre-solid                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      aire.-Yves-Dossou-coordinateur-national-de-Solidarite-action-pour-le-developpement-durable-partenaire-de-longue-date-du-CCFD-Terre-solidaire-au-Togo-2015-04-23-1305794

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