Une humanité noyée en Méditerranée

Publié le par Etienne Lozay

 
 

Source La croix

Un bateau qui chavire et des centaines de personnes précipitées à la mer. Qui saura jamais le nombre de noyés dans le nouveau drame qui s’est joué dans la nuit de samedi 18 à dimanche 1ç avril au large de la Libye ? De rares survivants ont affirmé que leur bateau avait embarqué au moins 700 personnes. Il s’agit sans doute de la « pire hécatombe jamais vue en Méditerranée », selon le haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU. « Ce sont des hommes et des femmes comme nous. Affamés, persécutés, blessés, exploités, victimes des guerres, ils cherchent une vie meilleure, ils cherchaient le bonheur », a commenté dimanche le pape François, qui a appelé la communauté internationale à agir « avec décision et rapidité pour éviter que les tragédies ne se répètent ».

« À rester sans réaction, nous risquons de perdre notre humanité », a répondu en écho le président italien Sergio Mattarella. Plusieurs réponses sont nécessaires. De façon urgente, l’Union européenne, dont le niveau de vie et la stabilité politique attirent ces migrants, doit s’engager ­résolument pour empêcher les naufrages. Il devient insoutenable de voir que la plus grande puissance économique de la planète se montre si chiche dans la création d’un dispositif de surveillance et d’intervention maritimes d’envergure, alors que des centaines de milliers de personnes, massées sur les côtes nord-africaines, ont clairement l’intention de tenter la traversée. Pour les prendre en charge correctement et solidairement, les pays européens doivent en outre élaborer une politique européenne commune sur l’immigration.

Par ailleurs, l’Union européenne doit agir, avec les pays arabes et l’ONU, pour stopper le chaos et rétablir une autorité légitime en Libye : ces derniers mois, 91 % des migrants qui arrivent en Italie sont en effet partis de ce pays de transit. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, l’effondrement de l’État permet aux passeurs de s’y livrer à de terribles trafics et aux djihadistes d’y prospérer. Enfin, l’ONU et les États qui la constituent, notamment ceux du Conseil de sécurité, doivent rechercher des solutions pour mettre fin à la guerre et à la misère dans les pays d’origine des migrants. Une entreprise compliquée et de longue haleine qui nécessite de mettre en tête des priorités le développement. L’assemblée générale de l’ONU, en septembre, est une importante occasion de relever le défi.

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