Amnesty International dénonce les exactions des groupes armés et les bandes criminelles.

Publié le par Etienne Lozay

Source La croix

Camp de réfugiés à Zarzis, ville tunisienne frontalière avec la Libye, le 4 mai 2015.

FETHI BELAID/AFP Camp de réfugiés à Zarzis, ville tunisienne frontalière avec la Libye, le 4 mai 2015.

Bruxelles présente mercredi 13 mai un plan d’action qui prévoit un système de quotas entre États membres pour l’accueil des réfugiés.

Que détaille le rapport d’Amnesty ?

Faute de pouvoir retourner en Libye depuis l’intensification du conflit l’an dernier, Amnesty International a recueilli, en Sicile et en Tunisie entre août et mars dernier, les témoignages de 70 personnes ayant fui l’enfer libyen. Ces récits de Syriens, Érythréens, Somaliens, Nigérians, etc. sont « glaçants » selon les termes de Philip Luther, directeur pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient dans le rapport Migrants et réfugiés en Libye : la Méditerranée pour échapper à l’enfer publié lundi 11 mai.

Groupes armés et bandes criminelles y agissent en toute impunité. Les victimes y ont chacune vécu leur lot d’horreurs : dépouillées de leurs passeports et de leurs biens, entassées dans des camps insalubres, battues, parfois torturées, violées, réduites au travail forcé quand leurs familles ne peuvent payer une rançon. Certaines ont vu leurs proches tués quand ils tentaient de s’enfuir. Les minorités religieuses, notamment chrétiennes, sont particulièrement persécutées.

Quelles sont les solutions préconisées ?

« Contrairement à la thèse généralement défendue, ce n’est pas le délitement de l’État libyen qui est à l’origine de toutes ces violations », fait valoir Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France. « C’est l’Union européenne qui, en fermant toutes les routes d’accès vers ses États, a acculé tous ceux qui fuient leur pays à converger vers la Libye. Les groupes rebelles s’y trouvent en situation de monopole pour le trafic d’êtres humains. D’autant plus que l’absence d’État leur procure l’impunité. »

Les personnes se retrouvent ainsi piégées en Libye, acculées à prendre la mer, d’autant plus que les pays voisins, Égypte, Algérie, Tunisie, ont également fermé leurs frontières. Parmi sa dizaine de recommandations, Amnesty leur demande de rouvrir leurs frontières à tous ceux qui ont besoin d’une protection internationale.

À l’UE, elle réclame, entre autres, un programme massif de secours en mer au large des côtes libyennes. Et l’abandon du projet de destruction des bateaux des passeurs, que la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, doit présenter aujourd’hui au Conseil de sécurité des Nations unies pour obtenir son aval. « Cela ne ferait encore qu’augmenter le prix et la dangerosité des traversées », redoute Geneviève Garrigos.

Qu’envisage l’Union européenne ?

Le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker voudrait faire adopter par les pays de l’UE un système de quotas de réfugiés qu’ils se répartiraient. Aujourd’hui, six d’entre eux ont à charge 80 % des demandes d’asile. Mais il se heurte à de très fortes résistances.

Dans le plan d’action qu’il présentera demain en vue du sommet des chefs d’État des 25 et 26 juin prochains, aucun engagement chiffré ne figure. Pour les seuls Syriens, le Haut-Commissariat aux réfugiés demande à l’UE d’en accueillir 20 000 par an.

Commenter cet article