Le Mexique veut interdire la « Bestia » aux migrants d’Amérique centrale

Publié le par Etienne Lozay

Ce train de marchandises est le moyen le plus rapide utilisé par les migrants pour rejoindre la frontière nord du Mexique et passer clandestinement aux États-Unis.

 
Un groupe de migrants en route pour les États-Unis, sur le toit d’un train à Palenque, dans la ré...
 
Un groupe de migrants en route pour les États-Unis, sur le toit d’un train à Palenque, dans la région du Chiapas (Markel Redondo/Picturetank).
 

L’objectif est aussi de lutter contre les bandes criminelles qui détroussent les sans-papiers.

Le gouvernement mexicain a décidé d’empêcher les migrants du Honduras, du Salvador et du Guatemala d’utiliser la Bestia, « la bête ». Ce train de marchandises est le principal moyen qu’utilisent les milliers de migrants d’Amérique centrale pour rejoindre la frontière nord du Mexique et passer clandestinement aux États-Unis.

Mexico prévoit un investissement de 6 milliards de pesos (350 millions d’euros) pour en réparer les voies et permettre aux trains de circuler plus rapidement. Afin que les migrants ne puissent plus les prendre en marche… Ce programme, qui se veut « humanitaire », devrait s’accompagner d’une nouvelle stratégie pour combattre plus efficacement les bandes criminelles qui détroussent les sans-papiers.

La Bestia est aussi appelé « le train de la mort », car de nombreux sans-papiers y perdent la vie. Il ne faut pas s’endormir sur le toit, souvent bombé et bondé, des wagons. Se laisser surprendre par les coups de frein ou les chaos des voies qui font perdre l’équilibre. Il faut se protéger du vent qui dessèche, avoir des réserves d’eau, de nourriture, être vigilant pour éviter les branches d’arbres, les ponts trop bas…

Les Maras, les terribles assassins au corps tatoué

Mais, surtout, il ne faut pas être attrapé par le nombre grandissant de personnes qui attendent ces 200 000 migrants en provenance chaque année des petits pays extrêmement pauvres d’Amérique centrale et même d’Équateur.

Il faut éviter les autorités migratoires, les soldats, la police et les bandes criminelles, qui font arrêter les trains en rase campagne pour dépouiller les voyageurs clandestins le long des voies ferrées. Le tarif fixé par les Maras, les terribles assassins au corps tatoué, est d’environ 100 dollars (77 euros) pour ne pas être jeté sur la voie. Sept filles sur dix se font violer. Beaucoup de migrants sont assassinés pour avoir tenté de se défendre… (1)

La Bestia reste malgré tout le moyen le plus rapide pour traverser le pays : trois semaines au lieu de plusieurs mois par les autres moyens.

« Ces mesures n’ont aucun sens et seront contre-productives », estime le P. Alejandro Solalinde, le fondateur de la maison « Frères du chemin » à Ixtepec, l’une des haltes de la Bestia.

Cet homme, qui s’est engagé depuis trente ans dans la protection des migrants, critique un « plan tout droit sorti des ministères qui démontrent la méconnaissance de la réalité ». Il dénonce « l’hypocrisie du gouvernement, qui sait pertinemment que les arrêts obligatoires du train permettront aux autorités et aux groupes criminels de mener rondement leurs affaires ».

Les jeunes garçons de 10-15 ans, cible privilégiée des cartels

« On ne peut réduire le flux migratoire par ordonnance », explique un membre du groupe Beta, chargé de la sécurité des migrants. Empêcher l’accès à la Bestia obligera les sans-papiers à trouver d’autres pistes pour remonter jusqu’aux États-Unis. Cela augmentera le nombre de passeurs qui se font payer de plus en plus cher, car les employés de l’Institut national migratoire sont de plus en plus gourmands en pots de vin…

Le Centre Agustin Pro (jésuite) estime « que la situation est d’autant plus critique que le nombre d’enfants migrants est en augmentation. Empêcher les migrants de monter sur la Bestia n’a rien d’humanitaire ».

Les jeunes garçons de 10-15 ans sont la cible privilégiée des cartels du Golfe et des Zetas, qui les utilisent pour passer la drogue aux États-Unis ; les fillettes enlevées vont rejoindre les filières de prostitution qui fournissent de part et d’autre de la frontière les bordels et les cabarets érotiques. Aux yeux des défenseurs des migrants, le Mexique n’intervient que pour satisfaire Washington qui ne sait comment arrêter ces hordes de pauvres.

Mgr Raul Vera, évêque de Saltillo et figure de leur défense des migrants dans le pays, propose que le gouvernement octroie un visa temporaire de deux mois pour permettre aux migrants de ne pas voyager dans la clandestinité. Il reconnaît que cette mesure humanitaire ne ferait que déplacer le problème d’une frontière à l’autre, mais elle obligerait les États-Unis à réfléchir à un accord migratoire avec les petits pays de départ des migrants.

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200 000 migrants traversent le Mexique chaque année

Tous les ans, 200 000 Centraméricains tentent d’entrer aux États-Unis en traversant le Mexique du sud au nord. Ils ont plus de 3 000 kilomètres à parcourir sur le territoire mexicain.

La moitié d’entre eux vient du Honduras, l’un des pays les plus dangereux au monde. Les autres migrants arrivent, par ordre décroissant, du Guatemala, du Salvador et du Nicaragua.

Dans ces pays, plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 3 € par jour.

La majorité de ces migrants a entre 14 et 30 ans, et 13 % sont des femmes – du fait des agressions sexuelles, cette proportion est en baisse ces dernières années.

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