La France, mauvaise élève de l’aide publique au développement

Publié le par Etienne Lozay

Dans son rapport 2015, l’ONG One montre que les pays les moins avancés sont les laissés pour compte de l’aide internationale.

 

 

Consultation au Liberia.

SHEHZAD NOORANI/THE CANADIAN PRESS IMAGES/AP Consultation au Liberia.

La Croix : L’édition 2015 du rapport DATA montre que le montant d’aide publique au développement (ADP) est reparti à la hausse. C’est plutôt une bonne no

Friederike Röder : C’est vrai, après une diminution en 2011 et 2012, l’aide publique au niveau mondial a augmenté pour la deuxième année consécutive en 2014, avec une hausse de 2 % par rapport à 2013, atteignant un montant de 135 milliards de dollars (122 milliards d’euros). Mais cette progression reste insuffisante et inégale selon les pays.

Lors de la conférence de Monterey (Californie), en 2002, un consensus s’était dégagé pour que les États consacrent au moins 0,7 % de leur richesse nationale au développement. On en est encore loin.

Collectivement, l’Union européenne a consacré tout juste 0,41 % de son revenu brut en 2014. Et, encore une fois, la France se distingue comme le mauvais élève puisque la part de richesse qu’elle consacre à l’aide internationale est tombée à 0,36 % alors qu’elle était de 0,44 % en 2010.

Le gouvernement argue de la contrainte budgétaire imposée par la crise…

F. R. : L’excuse de la crise n’explique pas tout. Des pays comme la Suède, le Luxembourg, la Norvège, le Danemark ou le Royaume-Uni parviennent à respecter leurs engagements. En mars, l’Allemagne a annoncé son intention d’augmenter son ADP de 8 milliards de dollars pour la période 2016-2019.

À contre-courant de la tendance mondiale, l’ADP de la France, elle, ne cesse de diminuer depuis l’élection de François Hollande, avec une chute de plus d’un milliard de dollars depuis 2011. Cette politique entame la crédibilité de la France alors que celle-ci accueille, à la fin de l’année, une des grandes réunions du développement, la Conférence climat. Mais il est encore temps de redresser la barre.

Le conseil des ministres européens des Affaires étrangères qui se tient ce 26 mai, puis le sommet du G7 qui aura lieu les 7 et 8 juin en Allemagne sont l’occasion de fixer des objectifs ambitieux pour lutter contre l’extrême pauvreté. Ces réunions sont décisives car elles serviront de base pour la Conférence d’Addis-Abeba (Éthiopie) prévue en juillet qui doit aboutir à un nouveau pacte entre tous les pays, riches et pauvres.

Ces questions de financement font rarement la Une des médias, mais l’avenir d’un milliard de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en dépend.

L’aide publique au développement est-elle utile et efficace ? Beaucoup en doute.

F. R. : Les besoins globaux pour le développement sont colossaux et l’APD ne peut, à elle seule, les satisfaire. Mais elle reste cruciale, en particulier pour les pays les moins avancés (PMA) qui disposent de faibles ressources fiscales.

Le budget du Liberia, par exemple, ne permet de consacrer que 6 dollars (5,45 €) par an et par personne pour financer les services essentiels que sont la santé, l’éducation, l’eau, la nutrition, la protection sociale. Il est de 8 200 dollars (7 465 €) pour la France !

Un tel niveau de pauvreté est inacceptable surtout quand nous savons comment y remédier. Il faut augmenter l’aide internationale vers ces pays et faire en sorte que l’argent leur parvienne bien.

Ce qui n’est pas le cas ?

F. R. : Non ! Sur les 146 pays bénéficiaires de l’ADP, les 48 pays les moins avancés n’ont reçu, en 2014, que 30 % du montant total, soit 41 milliards de dollars (37 milliards d’euros). Cette aide a diminué de 2 % par rapport à 2013 et de 6 % par rapport à 2010.

La France, là encore, donne le mauvais exemple puisqu’un quart seulement de son ADP va vers les pays les plus pauvres, en particulier ceux d’Afrique subsaharienne qui ont pourtant été désignés comme « pays prioritaires ». Autre fait significatif : l’Agence française pour développement (AFD), premier opérateur de l’aide française, consacre 70 % de ses financements aux infrastructures, à l’énergie et aux secteurs productifs contre 9 % à la santé et l’éducation et 2 % à la sécurité alimentaire.

Le résultat est là : le fossé entre les PMA et les autres pays en développement ne cesse de se creuser. Pour le combler, nous demandons aux donateurs de réorienter leur aide et d’allouer au moins 50 % de l’ADP aux pays les moins avancés. Ces dernières années, on a tourné le dos aux plus vulnérables alors que ce sont eux qu’il faut soutenir en priorité.

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