OPINION Nous chrétiens, désinvestissons les énergies fossiles !

Publié le par Etienne Lozay

Source : La croix 15/06

La Conférence Paris Climat 2015, en décembre, est annoncée comme décisive pour l’avenir de la planète. Mais la résolution des enjeux climatiques ne saurait dépendre des seuls États. La transition d’un modèle économique consumériste, énergivore, vers un modèle plus sobre, notamment en carbone, n’aura pas lieu sans une évolution en profondeur de nos modes de production, de consommation, de transport, sans un déplacement de nos imaginaires. « Moins de biens, plus de liens », voilà un horizon enthousiasmant ! Or nul responsable politique, aussi déterminé soit-il, ne saurait en décider à l’insu – ou à l’encontre – de celles et ceux qui l’ont élu. « Le mode de vie des Américains n’est pas négociable ! », tempêtait George Bush au sommet de la Terre de Rio, en 1992.

C’est donc aux citoyens qu’il revient de montrer leur appétence pour une société plus sobre, plus solidaire. Montrer qu’une telle transition est possible, donner aux élus le courage qui parfois leur manque. Au milieu du formidable élan d’initiatives citoyennes que l’on voit germer, en ce sens, un peu partout en France et dans le monde, il en est une qui nous semble viser particulièrement juste : désinvestir les énergies fossiles.

La combustion du charbon, du gaz et du pétrole est responsable de plus de 80 % des émissions de carbone d’origine humaine (la déforestation expliquant le reste, pour l’essentiel). Si nous voulons avoir une petite chance d’éviter un réchauffement supérieur à +2 °C, notre humanité ne doit pas émettre plus de 565 gigatonnes (Gt) de carbone au total d’ici à 2050. Et il serait préférable d’en émettre bien moins pour limiter la hausse à +1,5 °C et éviter la submersion de certains États insulaires. Or la combustion des réserves de charbon, de pétrole et de gaz actuellement exploitées ou qui le seront sous peu émettrait 2 900 Gt de carbone… Cinq fois notre « budget carbone » ! Bref, il faut impérativement laisser sous le sol une bonne partie de ces énergies.

Bien sûr, nos sociétés, et à plus forte raison les pays du Sud, où les besoins en énergie sont colossaux, ne s’affranchiront pas du pétrole, du charbon ni du gaz du jour au lendemain. Bien sûr, les profits liés à leur exploitation se chiffrent en milliers de milliards de dollars… Mais au plan mondial, on continue à investir quatre fois plus dans les énergies fossiles que dans les énergies renouvelables. Il est urgent d’inverser la donne… sans attendre l’épuisement de la ressource.

La campagne pour le désinvestissement des énergies fossiles, lancée aux États-Unis par un méthodiste, Bill McKibben, a déjà convaincu un certain nombre d’universités américaines, de collectivités (la Ville de San Francisco, la Ville de Paris), des organisations confessionnelles (le Conseil œcuménique des Églises), des fonds d’investissement (Rockefeller Fund), des médias (The Guardian), etc. Concrètement, désinvestir c’est écarter de son portefeuille les entreprises détentrices des plus grandes réserves de charbon, de pétrole et de gaz (l’association 350.org en a listé 200). Il s’agit bien d’une démarche éthique : « On ne rendra pas la Terre invivable avec mon argent. » Que l’on soit un investisseur, une congrégation, une association ou un simple particulier, elle est porteuse de sens. Mais il s’agit aussi d’une démarche citoyenne, pour appeler les responsables politiques et économiques à cesser tout soutien public à ces énergies, à sortir nos sociétés de la dépendance au pétrole, au charbon et au gaz, et à aider les pays du Sud à suivre une autre trajectoire énergétique, sans renoncer à satisfaire les droits fondamentaux de leur population. La démarche est d’ailleurs avisée d’un point de vue financier : les actifs des géants du secteur, reposant sur des réserves qui pourraient (devraient) ne jamais être exploitées, risquent de s’avérer fortement surévalués…

Les chrétiens ont un rôle particulier à jouer, faisant leur la proposition du pape François : « Protéger la Terre, en faisant alliance avec elle, afin qu’elle continue d’être, comme Dieu la veut, source de vie pour toute la famille humaine. » Ils ont un savoir-faire en matière d’investissement éthique ! Dans les années 1970 et 1980, des congrégations religieuses, soutenues par de nombreux chrétiens, ont été pionnières, excluant de leurs portefeuilles certains secteurs (armement, pornographie, tabac…) qui touchaient à la dignité humaine. Une démarche similaire a fortement contribué à affaiblir le régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Aujourd’hui, c’est en exploitant les énergies fossiles que l’humanité scie la branche sur laquelle elle est assise…

Premiers signataires : Guy Aurenche, président du CCFD-Terre solidaire ; Véronique Fayet, présidente du Secours catholique-Caritas France ; Philippe Louis, président de la CFTC ; Simon Besnard, président du MRJC ; Denis Viénot, secrétaire général de Justice & Paix ; Dominique Lang, aumônier national de Pax Christi ; Jean-Louis Marolleau, secrétaire du réseau Foi et Justice Afrique-Europe ; François Soulage, président de Chrétiens en Forum et vice-président d’Esprit civique ; Bertrand Hériard, directeur du Ceras ; Jean-Luc Souveton, prêtre, coorganisateur des Assises chrétiennes de l’écologie ; Michel Durand, prêtre du Prado, membre de Chrétiens et pic de pétrole ; Loïc Laîné et Arnaud du Crest, Paroles de chrétiens sur l’écologie ; Laura Morosini, coprésidente de Chrétiens unis pour la Terre ; François-Xavier et Amélie Huard, coordinateurs de Chrétiens changeons ; Stéphane Lavignotte, pasteur de la Mission populaire, Mouvement du christianisme social ; Jean Merckaert, rédacteur en chef de la revue Projet ; Gaël Giraud sj, économiste ; François Euvé sj, rédacteur en chef de la revue Études  ; Cécile Renouard, philosophe, religieuse de l’Assomption ; Antoine Dulin, membre du bureau du Conseil économique social et environnemental ; Alain Grandjean, économiste, fondateur de Carbone 4 ; Elena Lasida, économiste ; Bernard Perret, ingénieur et socio-économiste ; Gaultier Bès, Veilleur ; Laurence Loubières, religieuse xavière, analyste en investissement responsable ; Michel Griffon, économiste et agronome.

Publié dans COP 21

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