Le maire de Grenoble interpelle le président Hollande sur un bidonville

Publié le par Etienne Lozay

L’écologiste Éric Piolle adresse au président une lettre cosignée notamment par les autorités religieuses locales demandant une solution humanitaire à la situation d’un camp de fortune dans la ville.
 
Le maire de Grenoble, Éric Piolle.

JEAN-PIERRE CLATOT/AFP

Le maire de Grenoble, Éric Piolle.

Pire que la misère, l’exploitation humaine. Les 400 personnes qui survivent dans le bidonville d’Esmonin, dans le sud de Grenoble (Isère) ne sont pas seulement condamnées à s’abriter sous des planches de bois et des tôles ondulées. Depuis mars 2015, un réseau mafieux a pris possession du camp.

Désormais, les habitants, essentiellement des Roms de Roumanie, doivent verser un loyer pour avoir le droit de garder leur taudis. Incapables de payer, certaines familles sont enrôlées dans du travail clandestin. Des femmes sont contraintes à la prostitution.

La ville a demandé l’évacuation des lieux ; un démantèlement est imminent. Mais avant l’expulsion, le maire, Éric Piolle, en appelle au président de la République, dans un courrier envoyé à l’Élysée, le 7 juillet.

Un village d’insertion a été créé

La lettre, cosignée par les autorités religieuses locales (évêque de Grenoble, le conseil des imams, le rabbin, le diaconat protestant) et les associations (FNARS, Secours catholique), est sans ambages.

« Aucun dispositif d’État n’est prévu pour mettre dignement à l’abri les personnes qui souhaitent s’intégrer », écrivent les auteurs. « Nous prenons nos responsabilités, au-delà même de nos compétences, il est urgent que l’État prenne les siennes. »

La commune, en effet, a mis en place un village d’insertion de 120 places qu’elle finance en dehors de la trêve hivernale. L’administration centrale, elle, ne s’est pas saisie des outils à sa disposition. « Une mission nationale de résorption de bidonville a été confiée à l’opérateur public Adoma, mais il n’a pas été sollicité dans notre département », regrette Matthieu Angotti, directeur du Centre communal d’action sociale (CCAS) de Grenoble. Pourtant, une circulaire interministérielle de 2012 prévoit des solutions de relogement et d’insertion en amont des démantèlements.

La moitié des résidents sont des enfants

Dans l’agglomération, la population vivant en bidonville reste stable, avec 750 personnes environ. Mais en 2014, trois campements ont été démantelés coup sur coup à Fontaine et à Saint-Martin-d’Hères, en périphérie de la métropole iséroise. Tous les habitants ont alors convergé vers l’avenue Esmonin, où la mairie avait installé de grandes tentes militaires et un point d’eau, pour 45 personnes au départ.

Contactés, les services de la préfecture n’ont pas souhaité s’exprimer. Éric Piolle a pour sa part fait réaliser avec l’aide des associations un diagnostic social dans le camp d’Esmonin. La moitié des résidents sont des enfants, pour la plupart scolarisés. Des familles vivent en France depuis plusieurs années.

La mairie plaide donc en faveur d’un hébergement par groupes de 40 personnes maximum, de manière à favoriser le travail social. La ville pourrait prendre en charge jusqu’à 100 personnes, sur des sites déjà identifiés. À condition de trouver un relais au niveau national.

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