En Afrique du Sud, les luttes contre le changement climatique et le chômage sont liées

Publié le par Etienne Lozay

Le Centre d’information et de développement alternatifs (AIDC), partenaire du CCFD-Terre Solidaire en Afrique du Sud, mobilise la société civile autour de l’émergence d’alternatives pour une justice environnementale, économique et sociale.
 

Une croissance durable tirée par l’emploi et les salaires, tel est le modèle que préconise l’AIDC. L’association a notamment lancé en 2012 la campagne One Million Climate Jobs, qui fait le lien entre le chômage et le changement climatique.
Son plaidoyer pour un développement durable sur la période 2015-2017 dénonce « la reproduction des inégalités de l’apartheid, avec des poches de richesse et de privilèges entourées de hauts murs dans les villes, face à un océan de misère urbain et péri-urbain… ».
Aujourd’hui, l’AIDC, basé au Cap, agit comme un think tank en militant pour un développement plus équitable en Afrique du Sud. L’ONG milite clairement pour un retour aux politiques sociales et un Etat plus interventionniste, tels que le Congrès national africain (ANC) les envisageait en 1994, juste après son avènement au pouvoir. Soucieux de ne pas effrayer les investisseurs, le parti de Nelson Mandela a abandonné dès 1996 son Programme de reconstruction et de développement (RDP), pour adopter un modèle de gestion libéral.
Ce modèle est resté sans effet sur un chômage endémique, soit 25,5 % de la population active au taux officiel, et 35% si l’on tient compte de ceux qui ont renoncé à chercher un emploi.
Le mécontentement est tel que chaque jour, en moyenne, trois émeutes se produisent à travers le pays pour des questions d’accès au service public (eau, électricité, logement, école) et à l’emploi.

One Million Climate Jobs

One Million Climate Jobs est un projet de mobilisation exceptionnel de la société civile mené par l’AIDC et appuyé par le CCFD-Terre solidaire. L’objectif : faire la connexion entre les mobilisations locales et globales, en reliant les questions du chômage et du travail au changement climatique, à l’aide d’outils concrets.
L’AIDC a édité des livrets, publié un bilan de l’emploi vingt ans après la fin de l’apartheid, organisé des ateliers et des forums publics et accompagné deux projets pilotes (une école publique autosuffisante en eau et une ferme axée sur l’énergie renouvelable).
Les bénéficiaires du projet sont les interlocuteurs de l’AIDC : syndicats, mouvements sociaux, ONG environnementales, médias communautaires et mouvements de jeunes, tels que le Mouvement des chômeurs (UPM), le Mouvement des jeunes progressistes (PYM) et le Conseil révolutionnaire vert d’Afrique australe (SARGC).
L’objectif consiste à faciliter l’engagement des militants et des leaders d’opinion autour de stratégies alternatives, pour un développement durable basé sur la diffusion d’informations et d’analyses pertinentes – via notamment le magazine Amandla ! (« Le pouvoir », ancien cri de ralliement de l’ANC), qui paraît six fois par an.
Au niveau local, il s’agit de renforcer l’organisation autour de centre de ressources « satellites » et de « déployer des formations en leadership ». Au niveau national, l’AIDC vise le ralliement de 50 associations à la campagne One Million Climate Jobs et la signature par 100 000 personnes d’une pétition qui sera remise aux autorités.

Remettre en cause les pratiques de l’industrie extractive

Selon un modèle hérité de l’apartheid, l’économie est encore très dépendante de l’industrie minière.
L’AIDC renforce le plaidoyer de la société civile en faveur d’un autre modèle de croissance, la préservation des ressources fossiles, et l’accès à des salaires décents. Pour cela, elle encourage la formation des organisations partenaires de l’AIDC et de nouvelles alliances.
L’AIDC prévoit actuellement des études sur la politique d’extraction du charbon en Afrique australe et la diffusion de matériel d’information sur l’histoire de cette industrie. L’ONG entend notamment se focaliser sur une étude de cas concernant la multinationale anglo-suisse Glencore, de manière à évaluer l’impact de ses activités sur la société et l’environnement. Parmi les actions envisagées figure aussi l’étude de viabilité d’une « taxe de ressource » qui permettrait de financer des initiatives de développement alternatif.
Avec d’autres partenaires, l’AIDC veut lancer des actions de développement durable dans la région de Marikana (Rustenberg), où 34 mineurs en grève dans une mine de platine ont été tués par la police en août 2012. Ses activités de plaidoyer visent par ailleurs à participer à la grande conférence du secteur minier « Mining Indaba » qui se tient chaque année au Cap, en présence des autorités sud-africaines compétentes et des grands groupes privés actifs dans le pays. Bref, une stratégie tous azimuts pour se faire entendre, sans lésiner sur les moyens.

Sabine Cessou

Publié dans COP 21

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