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Europe. Ne les appelez plus des “migrants” !

Publié le par Etienne Lozay

 

Arrivé à Lesbos en Grèce, fuyant la Syrie, le 23 août 2015. PHOTO ACHILLEAS ZAVALLIS/AFP

Ce terme générique n’est plus du tout adapté pour décrire les horreurs de ceux qui fuient la guerre. Il n’est plus qu’un outil de déshumanisation et d’exclusion. Remplaçons-le par “réfugié”, plaide la chaîne qatarie.
 

Maintenant imaginez que pendant ces préparatifs vous savez que vous allez bientôt devoir aider vos enfants à enfiler un gilet de sauvetage pour ensuite monter avec eux dans une embarcation de fortune lors d’une traversée qui s’est avérée mortelle pour tant d’autres avant vous.

Comment allez-vous les rassurer ? Comment allez-vous essayer de présenter les choses sous un angle amusant ? Où allez-vous puiser la force nécessaire pour continuer à leur sourire et leur cacher que vous avez peur ?

Une catégorie humiliante

Et quelle serait votre réaction si cette expérience – fuir un pays en guerre par tous les moyens – était ensuite réduite à un seul mot par les médias vous reléguant vous et votre famille dans la catégorie humiliante des “migrants” ?
 

 

Et essayez d’imaginer quels seraient alors les moyens à votre disposition pour vous opposer à ce terme galvaudé par les gouvernements et les journalistes. Aucun.

Ce terme générique n’est plus du tout adapté pour décrire les horreurs qui ont lieu en Méditerranée. Il n’est plus qu’un outil de déshumanisation et d’exclusion, un terme péjoratif.

Ce ne sont plus des centaines de personnes qui se noient dans la Méditerranée quand un bateau coule, ni même des centaines de réfugiés. Ce sont des centaines de migrants. Ce n’est plus un être humain, comme vous et moi, avec son histoire, ses soucis et ses rêves, mais un migrant qui bloque la voie ferrée et retarde votre train. Une nuisance.

Des chiffres plus que des individus

Un mot à la valeur déjà dépréciée. Les morts de migrants comptent désormais moins pour les médias que les autres morts, ce qui en dit long sur le prix accordé à leur vie. Les naufrages et les noyades font de moins en moins les gros titres. Ces disparus ne sont plus des individus mais seulement des chiffres.

Quand nous, les médias, parlons de migrants, quand nous appliquons cette terminologie dévalorisante à des êtres humains, nous participons à la création d’une ambiance délétère où le ministre des Affaires étrangères britannique peut parler sans vergogne de “migrants en maraude”, une expression qui suinte la haine et le racisme.

Nous sommes devenus les complices de gouvernements qui, pour des raisons politiques, préfèrent ne pas qualifier ceux qui se noient en Méditerranée de ce qu’ils sont pourtant en majorité, c’est-à-dire des réfugiés.

Nous donnons du grain à moudre à ceux qui ne veulent voir en eux que des migrants pour raisons économiques.

 

 

 

 

Il n’existe pas de crise des “migrants” en Méditerranée

Or dire que la plupart de ceux qui risquent leur vie pour atteindre les côtes européennes ne le font que pour l’argent est démenti par les faits.

Selon l’ONU, la grande majorité de ces gens fuient des pays en guerre. La majorité fuit la Syrie, un pays où selon les estimations entre 220 000 voire plus de 300 000 personnes ont été tuées pendant cette guerre effroyable.

Les autres viennent d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, d’Erythrée et de Somalie, et sont donc éligibles au droit d’asile.

Il n’existe pas de crise des “migrants” en Méditerranée. Il y a surtout un très grand nombre de réfugiés qui cherchent à fuir des situations et des dangers inimaginables et un petit nombre poussé au désespoir par une extrême pauvreté.

Depuis le début de l’année 2015, près de 340 000 personnes poussées par ces circonstances sont entrées en Europe. Un chiffre important certes, mais qui ne représente que 0,045 % d’une population européenne qui en compte 740 millions.

 

 

Comparez à la Turquie, qui accueille 1,8 million de réfugiés venus de Syrie. Le Liban, où il y a plus de 1 million de Syriens. Et même l’Irak, qui, en proie à une guerre civile, héberge tout de même plus de 200 000 personnes venues du pays voisin.

Il n’a pas de réponse toute faite et l’accueil des réfugiés reste un défi complexe pour n’importe quel pays, mais si l’on veut pouvoir trouver des solutions, il faut réfléchir de façon honnête.

Parler de migrants, c’est refuser d’écouter la voix de ceux souffrent. Et remplacer ce terme par réfugié est une tentative, si modeste soit-elle, de leur rendre la parole.

— Publié le 20 août

Publié dans migrations

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