Sondage La Croix-Pèlerin sur l’accueil des migrants : les catholiques bousculés par le pape

Publié le par Etienne Lozay

 
Le sondage La Croix/Pèlerin montre des différences assez marquées entre les catholiques non pratiquants et les pratiquants. Ces derniers sont plus sensibles aux propos du pape.
 
 
Bonnelles, le 9 septembre 2015. Les refugies Syriens et Irakiens en provenance d’Allemagne arrive...

Albert FACELLY/DIVERGENCE Bonnelles, le 9 septembre 2015. Les refugies Syriens et Irakiens en provenance d’Allemagne arrivent au monastere des Orantes dans les Yvelines.

 

Ce sondage manifeste que les catholiques dans leur ensemble ont les mêmes réticences vis-à-vis des réfugiés que l’ensemble des Français.

 

Le sondage réalisé par l’Ifop pour La Croix et Pèlerin montre que les réticences face l’accueil des migrants sont les mêmes chez les catholiques que pour l’ensemble des Français : 57 % d’entre eux se disent opposés à l’accueil des migrants arrivant sur les côtes européennes, 51 % pour les pratiquants, un chiffre sensiblement identique à celui de l’ensemble des Français (52 %).

Seulement le tiers des employés et ouvriers favorables à l’accueil

 « Les catholiques ne sont pas hors sol : ils évoluent dans une société française elle-même majoritairement réfractaire à l’accueil », relève Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop qui voit une France coupée en deux sur la question. Au clivage gauche-droite (73 % des personnes de gauche favorables à l’accueil, 28 % à droite) s’ajoute un critère sociologique : les deux tiers des professions libérales et des cadres supérieurs sont favorables à l’accueil, la moitié des professions intermédiaires, seulement le tiers des employés et ouvriers. « Les questions sur notre potentiel économique, notre modèle d’intégration et la menace sécuritaire sont des freins extrêmement puissants », résume Jérôme Fourquet.

 > A consulter  :  La carte interactive des initiatives d’aide aux réfugiés  

Les catholiques n’échappent ni à ces questions ni à ce clivage, contrairement aux protestants (72 % en faveur de l’accueil), traditionnellement plus bienveillants vis-à-vis des étrangers et des persécutés, notamment avec l’engagement ancien de la Cimade – ou aux musulmans (67 % en faveur de l’accueil), chez qui joue sans doute une proximité religieuse vis-à-vis des nouveaux arrivants. « À l’inverse, cela peut aussi être un frein supplémentaire pour des catholiques », note Jérôme Fourquet.

 

Bonnelles, le 9 septembre 2015. Les refugies Syriens et Irakiens en provenance d’Allemagne arrive...

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Les catholiques non pratiquants ne sont que 40 % à approuver le pape

L’appel du pape n’est néanmoins pas sans effet. Près de six pratiquants sur dix l’approuvent, même si certains pouvaient être sceptiques au départ. « La proportion des pratiquants qui suit le pape est de 10 points supérieure à ceux qui sont favorables à l’accueil : c’est bien qu’il réussit à vaincre des réticences », insiste Jérôme Fourquet.

En revanche, les catholiques non pratiquants ne sont que 40 % à approuver le pape. « Ce sont ceux qui vont s’inquiéter de voir transformer en mosquées les églises où ils ne mettent plus les pieds, résume le sondeur. À l’inverse, chez les pratiquants, les réticences vont être contrebalancées par le message de l’Évangile qu’ils entendent plus souvent. » 

 

2 % des pratiquants accueillent déjà des réfugiés chez eux

Reste que 31 % des pratiquants se disent opposés à l’appel du pape. « Ce chiffre n’est pas à négliger, surtout par rapport à un pape qui a bénéficié jusqu’ici d’un fort soutien », reconnaît Jérôme Fourquet. « Les catholiques sont des Français comme les autres. Ils sont soumis aux mêmes images qui, tous les soirs au 20 heures, donnent l’impression de hordes barbares qui déferleraient sur l’Europe », constate le P. Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général et porte-parole de la Conférence des évêques de France. Pour lui, cette attitude d’opposition à l’accueil est « un peu d’ordre fantasmagorique : on parle de réfugiés… qui ne sont pas encore arrivés ». « On a l’expérience de cela avec les SDF, continue-t-il, les accueillir peut faire peur, mais une fois qu’ils arrivent dans les paroisses, l’accueil se fait. Je suis sûr que, quand il ne s’agira plus d’une idée mais d’aider des personnes, la générosité des catholiques sera au rendez-vous. » 

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 « De fait, si on regarde les gestes concrets, on s’aperçoit que les pratiquants sont mobilisés, note Jérôme Fourquet. 14 % ont déjà fait des dons en nature, 28 % en ont l’intention. On est donc sur de gros volumes de dons. » Et si 2 % accueillent déjà des réfugiés chez eux, 8 % ont l’intention de le faire. « Cela représente tout de même 1 % des Français, soit 400 000 foyers, relève le sondeur. Ainsi, tout en étant minoritaires dans leurs paroisses, ces catholiques seront bien représentés dans le mouvement d’accueil des réfugiés. » 

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La méthode du sondage

L’enquête a été menée du 16 au 21 septembre par questionnaire auto-administré en ligne auprès d’un échantillon de 2 997 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Certaines questions étaient adressées uniquement aux catholiques, qui représentent 61 % de l’échantillon (10 % de pratiquants et 51 % de non-pratiquants). La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération.

Un livre sur le pape François et les migrants

Le pape François fut l’un des premiers à alerter sur le sort des migrants. Désormais, ses nombreuses paroles sur le sujet sont rassemblées dans un recueil d’une cinquantaine de textes. Des audiences place Saint-Pierre aux messages officiels aux dirigeants du monde, de Lampedusa au forum de Davos, « à plusieurs reprises, sa parole soulagea la honte qui nous habitait », rappelle la préface de Jean-Claude Guillebaud.

 Où est ton frère ?,pape François, Bayard, 163 p., 13,90 €.

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