Collectif Roosevelt : Pour un état de solidarité permanent

Publié le par Etienne Lozay

 

Comme vous tous-tes, le Collectif Roosevelt a été horrifié par les attentats du 13 novembre à Paris. Nous  sommes de tout coeur solidaires avec les victimes ainsi qu’avec leurs familles et leurs proches.

attentatsAprès les attentats d’aujourd’hui à Tripoli, d’hier à Tunis, du 21 novembre au Cameroun, du 17 au Nigéria, du 12 novembre à Beyrouth, du 31 octobre au désert du Sinaï, du 10 octobre à Ankara, et après la bien trop longue liste des attentats en 2015  – au-delà de de la tristesse, de l’indignation et de la colère, comment réagir ?

En gardant notre entière confiance en l’humain

Dans les moments d’horreur, nous avons tous constaté que les solidarités ont pris le dessus. Que ce soit par des actes héroïques, comme ce père de famille libanais qui a bloqué à mains nues un kamikaze à Beyrouth[1] ou Isabelle qui a sauvé Ludovic juste à coté du Bataclan[2] – mais aussi par des actes ordinaires comme les messages #PorteOuverte, les bougies et messages de paix sur les réseaux sociaux ou encore par l’héroïsme ordinaire des pompiers, secouristes et forces de sécurité –  nous avons montré notre capacité de résistance. En France mais aussi dans le monde entier.

“Après une catastrophe, c’est à dire un “événement qui suspend les activités normales et menace ou cause de sérieux dommages à une large communauté”, la plupart des humains montrent des comportements extraordinairement altruistes, calmes et posés (…) Des décennies de recherches sociologiques méticuleuses sur le comportement humain face aux désastres (…) l’ont démontré“[3]

 

En luttant à la fois contre le terrorisme et contre le pouvoir de l’argent

Edgar Morin nous rappelle qu’“Il faut résister contre deux barbaries : l’une que nous connaissons qui se manifeste par des attentats et les fanatismes les plus divers ; et l’autre, celle de la barbarie du calcul, du fric et de l’intérêt. Tout le monde aujourd’hui devrait résister contre elles.”

Interrogeons nous sur la position ambiguë de la France[4] et des États-Unis[5]  qui continuent à commercer tranquillement avec l’Arabie Saoudite qui a des liens obscurs – en particulier financier – avec l’Etat Islamique[6],[7]

Plus largement, ne doit-on pas s’interroger sur les politiques occidentales au Moyen-Orient, depuis le démantèlement de l’empire Ottoman et encore plus après le 11 septembre. Tant d’interventions arbitraires qui ont contribué à faire émerger ce cercle de violence[9] et à enfermer les populations locales dans une impasse..

 

En s’opposant aux stratégies du choc

Les techniques de stratégie du choc[10] visent à exploiter des catastrophes environnementales ou tragédies sociales pour imposer des choix politiques : des régressions sociales, environnementales et démocratiques.

Pour l’Etat Islamique , l’objectif est «d’apporter la division dans le monde»[11], n’entrons pas dans son jeu, ne laissons pas monter la xénophobie et le racisme[12], [13] et n’oublions pas que 80% de ses victimes sont musulmanes. Nous devons travailler à l’unité et à la solidarité entre tous : ce sera le plus puissant acte de résistance à la barbarie.

Malheureusement, la « guerre terroriste » et « l’État de droit d’exception »,  risquent d’embarquer le pays dans un tournant sécuritaire avec une révision constitutionnelle précipitée. N’est-ce pas sans rappeler la démarche du Patriot Act du président américain George W. Bush ?

“Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux”. Benjamin Franklin

 

En luttant pour la justice sociale et climatique

Climat, emploi, social, les penser ensemble c’est vital : le terrorisme ne doit pas détourner notre regard des enjeux du dérèglement climatique[14] et entamer notre détermination[15], [16] [17], . Tout en tenant compte des circonstances exceptionnelles, nous sommes convaincus que la COP 21 ne peut pas se dérouler sans la participation ni sans les mobilisations de la société civile en France.

Suite aux attentats, la Marche mondiale pour le climat du 29 novembre et les rassemblements citoyens du 12 décembre ont été annulés par le gouvernement[18]. Si la Coalition Climat 21 accepte la décision gouvernementale d’interdire ces deux grandes manifestations, ce n’est pas sans amertume.

« Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius nous a laissé entendre que des alternatives nous seraient suggérées. Mais le lendemain, la préfecture de police a renouvelé l’interdiction sans rien nous proposer, alors que d’autres événements comme le marché de Noël des Champs-Élysées ont été maintenus, regrette Juliette Rousseau, porte parole de la Coalition Climat 21. Manuel Valls a déclaré que la négociation serait réduite à l’essentiel. Visiblement, nous ne faisons pas partie de cet essentiel. »

 

En faisant preuve de résistance créatrice

Comment manifester son désir de faire avancer les solutions à la crise climatique malgré les interdictions ? Voilà quelques uns de nos plans B[19] que nous pouvons tous-tes considérer pour ce week end :

  • Marcher virtuellement
    Dès mercredi 25 novembre, le site march4me.org sera ouvert à ceux qui ne pourront pas marcher en France. L’idée est de permettre à chacun d’être représenté symboliquement par quelqu’un qui peut marcher ailleurs.
  • Faire une chaîne humaine pour un Climat de paix
    Dimanche 29 novembre de 12h à 13h, à Paris une chaîne humaine sur les trottoirs entre place de la République et Nation, sur le boulevard Voltaire en passant par le Bataclan et la rue de Charonne.
  • Se rassembler autrement
    L’idée consiste à faire passer, malgré l’interdiction de manifester, nos messages à travers des formes d’occupation de l’espace public artistique (collage sur les murs, peinture au sol, investir l’espace urbain dont les arbres, jeux sonores etc.) et de façon conviviale en petits groupes (débats sur les terrasses de café, porteurs de paroles en petits groupes, art de rue etc.). Les balcons et fenêtres partout garnis de banderoles et d’affiches. Porter aussi un signe de ralliement  : en badge, à accrocher partout où on passe, comme prétexte pour ouvrir un échange lors d’une balade entre amis, à l’entrée d’un commerce, en profil sur les réseaux sociaux.
  • Recouvrir les rues de chaussures
    L’organisation Avaaz vient d’imaginer «une action symbolique» place de la République, à Paris, la veille du sommet, le 29 novembre. Il s’agirait, «aussi loin que porte le regard», de «recouvrir la place et les rues avoisinantes de chaussures, qui symboliseront chacun de nos pas. Des milliers et des milliers de « chaussures en marche ». Une paire pour chacun d’entre nous».
  • Continuer à signer l’appel pour le maintien des mobilisations citoyennes pendant la COP21
    Plus de 20 000 signatures déjà. Nous montrons ainsi ensemble que la violence échoue à entamer notre détermination à préserver ce que nous avons en partage. Il est donc essentiel de continuer à diffuser largement cet appel pour arriver à plusieurs dizaines de milliers de signataires.

D’autres initiatives sont présentées dans nos dernières newsletters. 

 


[1] Adel Termos, mort en héros dans l’attentat qui a frappé Beyrouth (RTL)

[2] Attentats à Paris : ces héros qui ont sauvé des vies (L’Obs)

[3] Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Seuil, 2015, p 211

[4] Basculement stratégique au Proche-Orient ( Le Monde Diplomatique)

[5] USA: 1,3 milliard de dollars de bombes vendues à l’Arabie saoudite (Le Figaro.fr)

[6] Comprendre la montée en puissance de l’Etat islamique en cinq minutes (Le Monde.fr)

[7] À qui Daech vend-il son pétrole? (Huffington Post)

[8] Du pétrole de l’Etat islamique acheté par des Européens ? Bruxelles sous pression (Médiapart)

[9] Le juge Marc Trévidic pointe des défaillances politiques: « On a laissé le monstre Daech devenir hyperpuissant » (Huffington Post Algérie)

[10] Naomi Klein : La Stratégie du Choc (Youtube)

[11] Daech veut détruire l’«espace de coexistence» entre musulmans et non-musulmans (Slate)

[12]Une cliente voilée refoulée à l’entrée d’un Zara : les responsables suspendus (L’Obs)

[13] Une série d’actes islamophobes après les attentats (Libération)

[14] Pascal Canfin : Climat, le nerf de la paix (AlterEco Plus)

[15] Contre le terrorisme et pour la planète : paroles d’un musulman écologiste (Reporterre)

[16] Naomi Klein : « L’action pour le climat est le meilleur espoir de paix sur la planète » (Le Monde.fr)

[17] François Gemenne : « L’urgence climatique et l’urgence terroriste posent la même question » (Rue 89)

[18] Suite aux attentats, le nouveau visage de la mobilisation citoyenne (Reporterre)

[19] Climat : comment se manifester sans manifester (Libération)

Publié dans Actualités

Commenter cet article