COP21 : où manifester pour le climat, ce week-end ? La réponse de Maxime Combes, d'Attac

Publié le par Etienne Lozay

 

CMaxime Combes

New York, Kampala, Johannesburg ou encore Lyon marchent pour le climat. Et Paris ? Pour l'économiste Maxime Combes, membre d'Attac, “il faut desserrer l'étau qu'exercent les pouvoirs publics”.

Ça y est, c'est parti ! Samedi 28 et dimanche 29 novembre 2015, jour d'ouverture de la COP21, des centaines de milliers de personnes marcheront dans les rues de villes du monde entier pour exprimer haut et fort leurs attentes, et signifier aux négociateurs que ce sommet sur le climat ne peut se conclure sur un nouveau fiasco. Alors faut-il braver l'interdiction de manifester ? La réponse de Maxime Combes, économiste, membre d'Attac France, auteur de Sortons de l'âge des fossiles, manifeste pour la transition (éd. Seuil).

Plusieurs organisations syndicales, associatives et politiques lancent des appel à « manifester contre l'interdiction de manifester », qu'en pensez-vous ?

Il est important de desserrer l'étau qu'exerce le gouvernement et les préfets. Certaines manifestations ont été interdites alors qu'elles devaient se dérouler dans des villes de France a priori pas concernées par les enjeux sécuritaires. Comment justifier le fait que ce dimanche à La Rochelle, un semi-marathon est autorisé, mais pas la marche pour le climat ? Que des arrêtés préfectoraux interdisent telle mobilisation au motif qu'elle est « revendicative » ? Et le convoi parti de Notre-Dame-des-Landes ? Jour après jour, on ennuie une poignée de manifestants en tracteurs et en vélos qui viennent dire au gouvernement français qu'il n'est pas possible de projeter un tel aéroport tout en affichant des ambitions environnementales. De la même manière, un militant de la coalition climat 21, qui regroupe l'ensemble des ONG, des organisations de la société civile, des syndicats, est assigné à résidence depuis ce jeudi 26 novembre. Simplement parce qu'au nom de plusieurs personnes, il a déposé une assignation en référé pour lever l'interdiction de manifester ce week-end. Il a donc l'obligation de rester chez lui et pointer trois fois par jour au commissariat. D'évidence, ce sont des décisions arbitraires, éminemment politiques. Il s'agit de limiter dans notre pays la liberté d'expression et de manifestation, et c'est inacceptable. Les circonstances exigent au contraire davantage de démocratie, de tolérance, de travail collectif, d'engagement citoyen. Et surtout pas de repli individuel. L'état d'urgence ne devrait pas permettre tout et n'importe quoi...

Faites vous un lien avec la « loi bâillon » en Espagne, qui depuis le 1er juillet 2015 restreint considérablement la liberté de manifester ?

Il est toujours délicat de faire des comparaisons entre différents pays, d'autant qu'en Espagne il s'agit d'un gouverment de droite. Je constate tout de même deux types de réaction : après l'attentat de Breivik à Oslo, le premier ministre norvégien a réclamé davantage de démocratie et de tolérance. En Espagne, aux Etats-Unis avec le Patriot Act, et aujourd'hui en France, la riposte de l'Etat est clairement guerrière. Les autorités installent un climat de peur, liberticide, qui oblige les gens à rester chez eux, à se recroqueviller sur soi. Or il n'y a pas de démocratie sans un débat public organisé et encouragé par les pouvoirs publics. Cela nous met en colère !

Selon vous, ce « climat liberticide » vise-t-il à affaiblir la mobilisation citoyenne qui s'exprime à l'occasion de la COP21 ?

Plus les jours passent, plus cela paraît clair ! A partir du moment où les matchs de foot et les marchés de Noël sont maintenus mais pas les manifs à Paris... Nous avions pourtant proposé d'abandonner le concept de marche pour mettre en place un rassemblement dans un stade fermé... D'évidence, un accord à la COP21 n'est pas suffisant pour entamer la transition énergitique : il faut que l'ensemble des composantes de la société civile se mobilise. Or le message que font passer les autorités est le suivant : laissez les Etats négocier derrière des barbelés, on s'occupe de tout... Résultat, il se crée une forte dichotomie entre les gouvernements et les peuples, renvoyés à leur espace individuel. Il nous semble extrêmement probématique de laisser entendre que la construction d'une parole collective, ce n'est pas le plus important...

Appelez-vous à braver l'interdiction de manifester à Paris ?

La proposition d'Attac France et d'Alternatiba, auxquels se joignent la CGT, FSU, la CFDT et bien d'autres organisations : créer une chaîne humaine sur les trottoirs de Paris, de République à Nation. Il y aura de grandes banderoles, que nous avions préparées pour la marche. Primo, nous voulons exprimer notre solidarité vis à vis des victimes des attentats. Secundo, dire que face à la crise climatique, nous avons besoin d'un engagement citoyen fort, d'un débat public fécond, productif. Tertio, affirmer que la réponse adéquate à la crise climatique passe par une réponse aux déséquilibres géopolitiques que nous connaissons et qui nourrissent le terrorisme international. Et que par conséquent il faut restabiliser le monde autour des valeurs de coopération, de solidarité, de démocratie.

D'autres collectifs, à l'instar des Désobéissants, appellent plutôt à braver l'interdiction de manifester ce dimanche...

Je ne ferai pas de commentaire, c'est leur décision.

Une chaîne humaine est-elle aussi efficace qu'une vraie mobilisation massive ?

Certes, il y aura moins de monde. Nous regrettons que la marche ait été interdite, qu'aucune alternative n'ait pu être vraiment discutée avec les pouvoirs publics. En ce qui nous concerne, nous proposons des intiatives qui ne seront pas réprimées par les pouvoirs publics. Par ailleurs, il y avait 100 000 manifestants à Coppenhague, et cela n'a guère eu d'impact sur les négociations... Il est normal que des désaccords s'expriment, pas seulement entre les membres de la Coalition climat, mais à l'intérieur de chacune des organisations. Les débats sont nécessaires. L'important, c'est que la Coalition climat n'ait pas explosé, loin s'en faut. Pas un seul membre n'a claqué la porte. Il faut avoir à l'esprit que les manifestations de ce dimanche ne sont pas une fin en soi. C'est une étape sur un long chemin. Et il est permis de penser que le mouvement citoyen sortira renforcé de la période difficile que nous traversons.

Publié dans COP 21

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