Alimentation responsable : à quels labels se fier ?

Publié le par Etienne Lozay

Accueil

 

A moins de se fournir directement chez un producteur dont on connaît les pratiques, il est parfois difficile de savoir se retrouver dans la forêt des labels, marques et autres allégations. Bio Consom'acteurs fait le point sur les labels alimentaires les plus répandus, les compare à l'agriculture conventionnelle et vous donne son avis pour vous aider à faire le tri. 

 
Attention, les critères relevés ci-dessous ne sont pas exhaustifs ! Nous avons choisi pour vous ceux qui nous semblaient être les plus parlants.
 

Nos préférés : 


Bio Cohérence - environnement/cycle de vie
  • Les plus : Interdiction des pesticides, engrais de synthèse, OGM, hormones et farines animales dans les champs interdits. Ferme 100 % bio. Nombre de traitements allopathiques plus faible que pour le label bio européen. 80 % minimum de l'alimentation des herbivores doit être produite sur l'exploitation. Elevage hors sol interdit. Précautions supplémentaires au label européen pour éviter la contamination OGM. Compostage obligatoire.  Ensilage limité à 70 % de la ration journalière des animaux. Caillebottis interdit pour les volailles. Transport des animaux vivants limité à 8 heures maximum. Respect du droit du travail français.
     
  • Les moins : Effluents d'élevages non bio autorisés dans les champs sous certaines conditions. Ebourgeonnage des cornes autorisé. Attache autorisée si les animaux ont accès au moins 2 fois par semaine au plein air.  Méconnu des non-initiés à l'alimentation bio.
     
  • Ni plus, ni moins: Uniquement en vente directe et magasins spécialisés.
     
  • Plus d'infos : Bio Cohérence
     
  • Notre avis : Le label Bio Cohérence à été créé par tous les déçus du label bio européen (créé en 1997), afin de garder et renforcer les normes de l'ancien label AB. Il se veut être le nouveau label de référence de l'agriculture biologique, avec des critères agronomiques plus exigeants, qui s'ajoutent à des critières sociaux et éthiques (sur le droit du travail par ex.), absents dans le label européen.

 

 
Nature & Progrès -environnement/social/santé/cycle de vie

Les plus : Pesticides, engrais de synthèse, hormones, antibiotiques, OGM et farines animales interdits. Huile de palme interdite. Les produits composés doivent être au moins à 70 % conformes à la charte Nature & Progrès et ont 5 ans pour arriver à 100 %.  Ferme 100 % bio. Contrôles faits par producteurs et consommateurs membres de Nature & Progrès (système participatif de garantie). Nourriture des animaux 100 % bio et à 50 % provenant de la ferme. Taille du cheptel maximale deux fois inférieure au label bio européen. Traitements allopathiques très limités. Ecornage interdit sauf dérogation. Temps de transport des animaux vivants limité à 6 heures. Le cahier des charges Nature & Progrès contient aussi des critères environnementaux, sociaux et éthiques (lien entre producteur et consommateur, ventes locales et directes privilégies, ainsi qu'un commerce équitable et solidaire). 
  • Les moins : Méconnu des non-initiés à l'alimentation bio
     
  • Ni plus ni moins : ne demande pas la certification bio européenne/AB aux acteurs de la filière.Disponible uniquement en magasins spécialisés.
     
  • Plus d'infos : Nature & Progrès
     
  • Notre avis : Le label Nature&Progrès et un label francophone de haute qualité bio. Créé par l'association de consommateurs et de producteurs du même nom, il se veut une alternative au label bio européen et à l'économie de marché et prône un vrai projet de société écologique.  

 
 
 
Bio Solidaire et Bio Équitable - environnement/social/économique
  • Les plus : Respect de la réglementation européenne bio. Critères sociaux, économiques et environnementaux en plus. Bio Solidaire : commerce équitable nord nord uniquement avec des producteurs français, chauffage des serres interdit et respect de la saisonnalité. Bio Equitable: commerce équitable Nord-Sud  et engagement des importateurs sur les volumes durant 3 ans minimum.
     
  • Ni plus ni moins : Disponibles  uniquement en magasins spécialisés.
  • Les moins :  Méconnu des non-initiés à l'alimentation biologique. Comme pour le bio européen, pas de critères sur le bien-être animal et peu de critères agroécologiques.

  • Plus d'infos : Bio Solidaire et Bio Équitable

  • Notre avis : Intéressants sur le principe (combinent environnement et aspects sociaux), mais assez difficiles à trouver. Doivent augmenter leurs exigences en terme de pratiques agroécologiques et de bien-être animal.

 
 
 
Demeter -environnement/cycle de vie
  • Les plus : Pesticides, engrais de synthèse, OGM et farines animales interdits. Démarche spirituelle et fertilité de la terre au coeur des principes de la biodynamie. Ferme 100 % en biodynamie. Commission indépendante. Contrôle bio + contrôle Demeter. OGM interdits. Antibiotiques et hormones interdits. Nourriture des animaux provient à 80 % de la ferme. Taille du cheptel maximale deux fois plus petite qu'avec le label bio européen. Très peu de traitements vétérinaires allopathiques. Temps de transport limité à 6 heures.Vins biodynamiques connus pour avoir de bons résultats gustatifs. Produits garantis par l'association Demeter et certifiés bio. 
     
  • Les moins : Pas de critères environnementaux ou sociaux en plus de ceux du label bio européen. Peu répandus.
     
  • Plus d'infos : Demeter
     
  • Notre avis : La biodynamie s'intéresse à la compréhension de la nature profonde des plantes, animaux et humains et aux liens qui les unissent. Une dimension spirituelle de l'écologie, qui fait défaut dans le label bio européen. 

 

 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
 

Pas mal, mais peuvent mieux faire:
 

Label bio européen (eurofeuille) et label bio français (AB) - environnement
  • Les plus : Unifie les critères du bio dans l'UE. Interdiction des pesticides, engrais chimiques de synthèse et hormones. Nombre de traitements antibiotiques allopathique faible (de 1 à 3) . Élevage hors-sol interdit. Caillebottis limité à environ la moitié de la surface minimale. Alimentation des animaux à 60 % produite sur l'exploitation.  1 à 2 contrôles par an. 
     
  • Les moins : Autorise les traces d'OGM à hauteur de 0,9 % dans les produits bio. Mixité bio/non bio possible sur la ferme. Ensilage (fourrages fermentés, utilisés pour augmnter la production de lait hors-saison et la prise de poids des animaux, donc souvent liés à l'élevage intensif) non limité. Surface des bâtiments de poules pondeuses non limitée. Alimentation des porcs et volailles peut contenir une petite part (jusqu'à 5%) d'aliments issus de l'agriculture conventionnelle. Ecornage et attache autorisés. Farines animales dans les champs autorisées. Pas de limite dans la durée de transport des animaux vivants.
     
  • Plus d'infos : Agence bio
     
  • Notre avis : Le label européen est un vrai point de départ vers une agriculture plus respectueuse de l'environnement (absence de produits chimiques de synthèse) mais doit s'améliorer. Notamment en interdisant les OGM, en intégrant davantage de pratiques agroécologiques obligatoires dans ses critères (ex : plantation d'arbres, semis direct, cultures associées, etc.), de pratiques pour le bien-être animal (pas d'attache, pas de mutilation, temps de transport limité, etc.) et des critères sociaux (niveau des salaires, respect du droit du travail, notamment pour les saisonniers non européens).




Fairtrade/Max Havelaar -social/économique
  • Les plus : Respect des normes internationales du travail et de la législation nationale. Prix minimum d'achat. Préfinancement possible des ventes. OGM interdits. Contrôle tous les 2 ou 3 ans par FLO-CERT GmbH (Fairtrade Labelling Organisation International – Certificate). Disponible dans la grande distribution.
     
  • Les moins : Pas d'exigences agronomiques. Exigences minimales sur l'environnement
     
  • Plus d'infos : Max Havelaar France
     
  • Notre avis : Intéressant sur les aspects sociaux et économiques du commerce avec les pays du Sud mais manque de critères environnementaux et agronomiques. 


 
MSC (Marine Stewardship Council)- environnement
  • Les plus : Produits de la mer issus de pêcheries  de captures sauvages durables : effort de pêche permettant d'assurer la pérennité des populations de poissons ;  activités de pêche gérées de façon à maintenir l'écosystème dans son ensemble ; respect des lois en vigueur et gestion telle que la pêcherie doit pouvoir s'adapter aux changements (ex: chute de la population d'une espèce halieutique).  Certification par des organismes indépendants.
     
  • Les moins : Polémique au sujet de certaines pêcheries certifiées, jugées douteuses par plusieurs biologistes marins et associations environnementales.
     
  • Plus d'infos : MSC
     
  • Notre avis : Les stocks de poissons sont globalement surexploités et ce label est critiqué. Choisir des espèces de poissons dont les stocks ne sont pas en danger (voir le guide des espèces édité par Sea Web Europe) ou se tourner vers le poisson d'aquaculture bio. 

 


-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le goût...mais encore?

 
 
AOC/AOP/IGP - goût/économie
  • Les plus : Caractéristiques gustatives en fonction d'un lieu, d'un terroir, d'un savoir-faire. 
     
  • Les moins : Aucune exigence agronomique, environnementale, sociale ou éthique : OGM, pesticides, engrais chimiques de synthèse, antibiotiques, etc. autorisés. Ensilage, attache, écornage, farines animales autorisés.  Pas de limite pour la surface des bâtiments de poules ou la taille des cheptels. 
     
  • Plus d'infos : Site de l'INAO
     
  • Notre avis : Sigles les plus connus. Garantissent un terroir de provenance strictement délimité, un savoir-faire local et un goût : des qualités qu'on peut trouver ailleurs, critères environnementaux, agronomiques et éthiques en plus... (par exemple, avec les labels ci-dessus)

 
Label rouge -goût/économie
  • Les plus : Caractéristiques gustatives liées à une origine géographique. 
     
  • Les moins : OGM, pesticides, engrais chimiques de synthèse, antibiotiques, etc. autorisés. Ensilage, attache, écornage, farines animales autorisés.  Pas de limite pour la surface des bâtiments de poules ou la taille des cheptels. Pas d'exigences agronomiques, environnementales, sociales ou éthiques.
     
  • Plus d'infos : Label rouge
     
  • Notre avis : Atteste essentiellement des critères d'origine et de qualité gustative supérieure d’un produit.  Idem que AOP/IGP/AOC : des qualités qu'on peut trouver ailleurs, critères environnementaux, agronomiques et éthiques en plus... (par exemple, avec les labels plus haut)

 
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Les has been

 
 
Agriculture raisonnée (pas de label, il s'agit d'une qualification pour des fermes respectant un cahier des charges; cette qualification peut néanmoins être indiquée sur les produits de consommation... et la grande distribution ne s'en prive pas).
 
  • Les plus :Application de la loi en terme d'utilisation des produits chimiques. 
     
  • Les moins : Comme en conventionnel, pas d'exclusion des OGM, ni des pesticides, ni des engrais chimiques de synthèse. Ne remet pas en question le modèle agricole productiviste et dépendant des énergies fossiles.  La moitié des exigences pour être qualifiée de ferme en agriculture raisonnée consiste à simplement appliquer la loi (ex. : n'utiliser que des produits bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché ou disposer de locaux aux normes phytosanitaires). Aucune norme maximale autorisée sur les produits chimiques utilisés. 1 contrôle en 5 ans
     
  • Plus d'infos : Site du FARRE (forum des agriculteurs responsables respectueux de l'environnement)
     
  • Notre avis : Construit par l'agroindustrie chimique, la qualification d'agriculture raisonnée est un leurre, qui consiste à respecter la règlementation en vigueur... et à le faire valoir auprès des consommateurs. On peut néanmoins imaginer qu'elle peut être une étape pour les agriculteurs qui se tournent progressivement vers l'agriculture biologique. 

 
 
 
Agriculture conventionnelle (pas de label)
  • Les plus :
  • Les moins : Utilisation d'engrais et de pesticides chimiques de synthèse. Forte dépendance au pétrole. Usage d'antibiotiques et d'hormones de croissance, alimentation des animaux pouvant contenir des OGM. Animaux confinés (donc mal-être animal et augmentation des risques d'épizootie) et mutilés (limage du bec, écornage), pas de limite dans les temps de transport d'animaux vivants. Pression permanente subie par les agriculteurs sur les volumes de production et les prix, notamment avec la grande distribution.
     
  • Notre avis : Pollution des sols, cours d'eau et nappes phréatiques, destruction de la biodiversité y compris les espèces non-cibles, impact sur la santé des agriculteurs... L'agriculture conventionnelle est basée sur une productivité à tous crins, sans particulièrement tenir compte des impacts sur l'environnement, la santé ni l'économie locale.
    Elle s'accompagne souvent d'un cloisonnement géographique des activités agricoles (certaines régions sont spécialisées dans l'élevage, d'autres dans le maraîchage, d'autres dans les grandes cultures, etc.), le tout conduisant à des déséquilibres écosystémiques (dûs à la fragmentation des habitats), à une usure prématurée des sols et à une faible résilience face aux modifications de l'environnement (aleas climatiques et économiques notamment).  

    Même si elle a contribué à nourrir le monde au sortir des deux Guerres mondiales, l'agriculture conventionnelle, qui est totalement dépendante des énergies fossiles - des ressources finies -,  n'est pas un modèle d'avenir dans un contexte planétaire de surexploitation des ressources naturelles. A court terme, le consommateur n'est pas non plus épargné, puisque les produits frais de l'agriculture conventionnelle contiennent des résidus de pesticides, dont la toxicité pour les humains qui sont en contact avec ces derniers, notamment les agriculteurs, est reconnue. 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article