Dans la Manche, un minibus pour rencontrer les familles isolées

Publié le par Etienne Lozay

Carnets citoyens

Parentibus : http://parentibus.com/IDX.html

Laurent Grzybowski
Dans la Manche, un minibus pour rencontrer les familles isolées

Pour venir en aide aux jeunes en difficulté ou à leurs parents, les bénévoles de l'association Parentibus sillonnent les routes rurales du département. Dans un camping-car spécialement aménagé, ils offrent une écoute bienveillante et attentive.

 

Mieux vaut prévenir que guérir ! Habitée par cette conviction, une ancienne juge pour enfants du tribunal de Coutances (Manche), Catherine de la Hougue, a profité de son passage à la retraite pour passer à l'action en créant l'association Parentibus. Son objectif ? Lutter contre l'éloignement et l'isolement des familles en milieu rural, sans attendre que les difficultés de la vie quotidienne ou l'absence de communication dégénèrent en graves conflits familiaux. « Pendant mes dix années d’exercice au tribunal des enfants, j'ai constaté cet isolement terrible qui enferme les familles dans des drames qui auraient souvent pu être évités s'ils avaient été traités à la source. »

Dans un premier temps, l'ancienne juge a rassemblé une équipe de six à sept personnes, essentiellement des éducateurs et des psychologues, pour aller à la rencontre des familles en difficulté : parents séparés, adolescents en souffrance, grands-parents inquiets. « Dès le départ, nous avons voulu organiser des visites dans des lieux reculés, recréer du lien et éviter que des situations compliquées ne se dégradent. Nous ne voulons pas faire concurrence aux services sociaux mais souhaitons le compléter, proposer ce qu’ils ne peuvent pas faire, notamment d'aller vers les gens sans attendre d'être saisi. C’est important d'accomplir cette démarche car bien souvent, les personnes concernées n’osent pas se déplacer pour rencontrer les services sociaux. Ils ont peur d’être catalogués et jugés. »

D'où l'idée d'un minibus spécialement aménagé qui permettent des rencontres libres et anonymes. « Ce véhicule nous permet d’aller partout, car ce n’est pas évident de se déplacer dans la Manche. Nous nous rendons dans des villages les jours de marché ou à la sortie des écoles, suivant un programme fixe et régulier pour que les habitants puissent facilement nous retrouver. » L'un des objectifs prioritaires de Parentibus est bien d'aider les parents dans l'exercice de leurs fonctions éducatives. Le caractère préventif de ces rencontres entend favoriser le maintien ou la reprise du lien parents/enfants. Les « écoutants » montés à bord prennent le temps de reformuler les paroles des "passagers" pour mieux comprendre ce qui fait difficulté, leur offrir un lieu d'écoute sans jugement, dans une ambiance conviviale avec la possibilité de boire un thé, un chocolat ou un café.

Les « écoutants » sont bénévoles. Une trentaine au total, souvent retraités, anciens instituteurs, enseignants, éducateurs, infirmières. Tous ont suivi une formation de trois jours, avec un psychiatre et un psychologue, avant de se mettre au service des « passagers ». Chacun d'entre eux consacre deux demies journées par mois à l'association. Le bus se déplace du lundi au samedi et stationne dans les villages à des endroits et des horaires réguliers, chaque matin et après-midi, afin d'être facilement repérable. Une des difficultés rencontrées par l'association est de déterminer des lieux de stationnements qui soient à la fois discrets et repérables. Par crainte du qu'en-dira-t-on, les visiteurs du bus proviennent souvent des gens des villages voisins.

« Beaucoup de mamans isolées sont perdues, témoigne Catherine de la Hougue. Elles ne savent pas, par exemple, comment raconter une histoire à leurs enfants ou comment faire face à leurs difficultés scolaires. Avec elles, nous traitons aussi bien des problèmes de violence, de drogue ou d'exclusion que de déscolarisation, d'isolement et de rupture. Sans compter tous les petits soucis de la vie quotidienne. »

Il aura fallu deux ans à l'association pour réunir les fonds nécessaires à son activité. Les aides existent et sont nombreuses : Europe, CAF, Mutuelles, banques, collectivités locales, fondations ou groupes privés. Les manifestations organisées par l'association ont également permis de rassembler des fonds : ventes aux enchères d'œuvres réalisées par des artistes locaux, concerts, lotos, marchés de Noël... Mais ces ressources demeurent fragiles, d'autant qu'il a fallu créer un emploi à plein temps (la coordinatrice de l'association), aidé par un jeune en service civique. A l'avenir, Catherine de la Hougue espère attirer davantage de bénévoles.

Septuagénaire dynamique, cette femme a suivi un parcours hors-norme. Sortie de l’école sans diplôme, elle est devenue juge à l’âge de 45 ans, à Thionville (Moselle), après voir exercé une multitude de métiers : vendeuse en librairie, marchande de fromages sur le marché puis chef d’entreprise. « J’avais monté une pâtisserie où je faisais travailler uniquement des chômeurs de longue durée ». Elle a aussi occupé, pendant un temps, un poste de secrétaire chez des avocats. C’est là qu’elle a commencé à s’intéresser au droit. Jeune maman, elle a repassé son bac puis, bien que divorcée et seule avec ses deux enfants, elle a poursuivi ses études jusqu’à la maîtrise de droit. Avec son second mari, elle a accueilli pendant un temps une douzaine d'enfants. Mère de quatre autres, elle est devenue particulièrement sensible à la souffrance des mineurs. Des jeunes en difficulté dont elle a pris soin, pendant des années, dans son bureau de magistrat. Avant de créer Parentibus.

En un an, entre septembre 2014 et juin 2015, les bénévoles de l'association ont écouté et conseillé près de 300 personnes, dans un esprit de confiance. Depuis le mois de septembre, plus de 200 autres ont frappé à la porte. « Rien de tel pour avancer que des mettre des mots sur les maux de la vie », confie l'ancienne magistrate qui sait de quoi elle parle. « Toutes ces rencontres contribuent à créer des liens avec l'extérieur comme à l'intérieur des familles où la parole n'est pas toujours facile. » Catherine de la Hougue rêve aujourd'hui de mettre en route un deuxième véhicule pour couvrir la région de Carentan, puis un troisième pour aller dans le Sud-Manche, où les besoins sont importants. La route est encore longue, elle ne fait que commencer.

 

> En savoir plus : 

Parentibus, Centre administratif Les Unelles, Boite numéro 2, rue Saint-Maur, BP254, 50200 Coutances. Tél : 06 20 09 13 74 Mail : contact@parentibus.com / Site : http://parentibus.com Facebook : https://www.facebook.com/

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