Le profil des bénévoles en pleine mutation

Publié le par Etienne Lozay

 

EXCLUSIF - Deux Français sur trois déclarent donner du temps ou l’avoir déjà fait, selon l’Enquête « La France bénévole » réalisée par Recherches & Solidarités, que La Croix dévoile en exclusivité.

Ce bon maintien de l’engagement masque de profondes modifications du profil des bénévoles, plus jeunes et dont la motivation citoyenne dépasse le seul projet associatif.

L’association « Cap ou pas cap » (« Comprendre et agir à Paris ») lors d’une « Disco salade », qui consiste à récupérer, cuisiner et déguster des fruits et légumes invendus afin de lutter contre le gaspillage. / Cap ou pas cap

En 2016, les Français maintiennent un grand niveau de générosité, alors que la crise perdure. Le bénévolat, qu’il soit dans une association ou en dehors de tout cadre, régulier ou occasionnel, concerne encore 63 % d’entre eux, à en croire la dernière enquête du groupe d’experts Recherches & Solidarités (1).

C’est bien mieux qu’en 2012, où cette proportion s’élevait à 56 %, mais un peu en retrait du record de 2013, où un pic à 65 % était observé. La France d’aujourd’hui totaliserait ainsi 13 millions de personnes prêtes à donner de leur temps.

Légère démobilisation des seniors

Ce constat général est rassurant, mais il ne dit pas les profondes mutations qui traversent le secteur non-lucratif. Les seniors se démobilisent un peu. La part des 50-65 ans qui donnent de leur temps recule de 45 % à 37 % entre 2010 et 2016 ; celle des plus de 65 ans se replie de 51 à 44 %. Et dans le même temps, les jeunes prennent la relève. Les moins de 35 ans engagés passent de 27 % à 36 % de leur tranche d’âge. Les 35-49 ans connaissent eux aussi une belle progression de 30 à 40 %.

« Les babys boomers qui arrivent à la retraite veulent voyager et profiter de leurs proches, à qui ils donnent la priorité de l’entraide. Cela demande au secteur associatif de se réorganiser pour continuer à fonctionner lorsque ces derniers souhaitent s’absenter », explique Jacques Malet, président de Recherches & Solidarités.

Une démarche informelle de solidarité chez les plus jeunes

Les plus jeunes, eux, ne sont pas portés par les mêmes envies que leurs aînés. Pour eux, l’association est loin d’avoir le monopole de l’engagement. Ils sont plus volontiers attirés par une démarche informelle de solidarité, le plus souvent avec des amis (37 % contre 32 % en moyenne). C’est la dimension de projet qui importe à leurs yeux, quelle que soit la structure qui la porte. Par conséquent, cela ne les dérange pas de passer d’une association à l’autre.

Et lorsqu’ils se décident enfin à s’engager pleinement dans une structure en particulier, ils ne trouvent pas toujours leur place. Christian Cascio, directeur du Carrefour des associations parisiennes, souligne un paradoxe : « Souvent, les dirigeants associatifs se plaignent de ne pas trouver de remplaçants, mais pourtant, ils ne veulent pas laisser les clés à la génération qui arrive ».

Ce manque de confiance, néanmoins, n’est pas irrémédiable. Les bénévoles les plus expérimentés ne demandent qu’à former les nouvelles recrues : un tiers d’entre eux disent faire de la transmission leur grande priorité dans les années à venir. Sur ce terrain, les anciens et les modernes se retrouvent : 37 % des bénévoles citent la formation au premier rang de leurs attentes.

De nouveaux modes d’organisation

La prise en compte de toutes ces nouvelles aspirations est une question de survie, pour les associations les plus ancrées dans le paysage solidaire. Sans quoi elles pourraient bien se faire supplanter par d’autres, plus récentes, et qui ont déjà pris acte des mutations du marché du bénévolat.

Comme l’association Benenova, créée en 2013 en Île-de-France, qui propose un calendrier en ligne où sont répertoriés les besoins de plus de 70 associations, dont l’Armée du salut, les Apprentis d’Auteuil, ou les Banques alimentaires. N’importe qui peut s’y inscrire, pour un engagement à la carte, en fonction de ses disponibilités.

Lentement mais sûrement, de nouveaux modes d’organisation émergent. Certaines structures n’hésitent plus à donner le pouvoir à ceux qui donnent de leur temps. C’est le cas de l’association « Cap ou pas cap ? », qui propose sur Internet une carte interactive des lieux où s’engager près de chez soi à Paris. L’organisation s’est largement inspirée du mouvement des « indignés », en Espagne. Les dirigeants n’y ont pas le monopole des décisions : chaque grande orientation doit être votée à l’unanimité des bénévoles.

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► Le niveau de diplôme conditionne l’engagement

Le niveau de formation est de loin le critère le plus discriminant pour l’accès au bénévolat.

En 2016, les personnes dépourvues de diplômes ne sont que 18 % à donner du temps à une association (19 % pour les titulaires d’un CAP, BEP) contre 31 % pour les diplômés du supérieur.

Recherche & Solidarités dénonce une « fracture associative » et souligne un double gâchis. D’abord pour les personnes de formation modeste, qui trouveraient là un moyen d’acquérir de nouvelles compétences, notamment si elles sont au chômage ou au RSA. Mais aussi pour les associations elles-mêmes, qui pourraient bénéficier de nouvelles recrues particulièrement motivées.

Les moins diplômés, une fois passée la barrière de l’adhésion à une association, sont 80 % à s’investir en tant que bénévoles.

En prenant le même ratio, les diplômés du supérieur, eux, ne sont que 55 %.

Jean-Baptiste François

 

(1) Cette enquête repose sur deux études. Un sondage Ifop réalisé du 16 février 2010 au 16 mars 2010 auprès de 3 578 bénévoles de 18 ans et plus. Et une analyse plus ciblée sur 6 667 bénévoles interrogés en ligne entre le 15 mars 2016 et le 18 avril 2016, réalisée directement par Recherches & Solidarités.

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