Paradis fiscaux et inégalités urbaines au Kenya : l’exemple d’Elizabeth

Publié le par Etienne Lozay

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14/06/2016

Le Kenya est l’un des pays les plus inégalitaires en Afrique. Plus de 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Le dossier des « Panama Papers » a récemment mis en lumière la façon dont les paradis fiscaux permettent aux personnes les plus fortunées et puissantes du monde de dissimuler leurs avoirs aux autorités fiscales de pays comme le Kenya. En Afrique, les sommes cachées dans les paradis fiscaux suffiraient largement à financer des soins de santé qui pourraient sauver la vie de 4 millions d’enfants par an et à employer le personnel enseignant nécessaire pour scolariser tous les enfants du continent. Ces sommes permettraient de lutter contre la pauvreté et d’aider des femmes comme Elizabeth à sortir de l’enfer de leur quotidien.

Elizabeth Dunge, 26 ans, mère de deux enfants, trie les ordures à la recherche de ferrailles à vendre dans la gigantesque décharge publique, surnommée « Jamaica », au cœur du bidonville de Mukuru, à Nairobi, la capitale du Kenya. Elizabeth travaille ici tous les jours, généralement à partir de 8 heures du matin et jusqu’au soir, pour vivre et subvenir aux besoins de ses enfants, âgés de 6 et 3 ans. Elle est l’unique soutien de sa famille. 

Les conditions de travail sont dangereuses : on y fouille les monceaux de plastiques, restes alimentaires, seringues et autres ordures en tongs, sans aucune protection contre les fumées toxiques des feux de déchets.

Cette gigantesque décharge était auparavant une carrière. Mais ce trou creusé dans le sol s’est transformé en paysage dantesque de montagnes et vallées fumantes de déchets provenant de Nairobi, pour la majeure partie d’hôtels et de restaurants de luxe. 300 à 400 personnes vivent et travaillent à la décharge, où elles récupèrent principalement du plastique et des déchets électroniques à vendre, mais aussi de la nourriture pour se nourrir. Parmi elles, des enfants.

Pauvreté urbaine et vulnérabilité

La pauvreté augmente désormais plus rapidement dans les villes qu’en milieu rural. Au Kenya, la majorité des personnes en situation de pauvreté dans les zones urbaines habitent des bidonvilles ou « quartiers informels », dans lesquels les plus pauvres sont pris dans l’engrenage du dénuement et de la vulnérabilité. Aujourd’hui, à Nairobi, qui est la cinquième ville la plus riche de l’Afrique et où vivent environ 5 000 millionnaires, les bidonvilles représentent plus de 50 % de la population urbaine, soit entre 3 et 5 millions de personnes.

L’avenir s’annonce difficile pour l’Afrique, mais avec des investissements judicieux et stratégiques, le continent pourra surmonter les défis à venir. Les gouvernements doivent écouter leurs citoyennes et citoyens et investir leurs maigres ressources dans l’éducation, la santé et l’agriculture, autant de secteurs qui permettront de construire des économies résilientes et plus égalitaires. Pour ce faire, il faut obliger les multinationales et les grandes fortunes à payer leur juste part d’impôt.

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