À Nice, les bénévoles s’organisent face à l’afflux de migrants

Publié le par Etienne Lozay

Teresa Maffeis, membre du collectif Migrants 06 dans les Alpes-Maritimes et fondatrice de l’association ADN (Association pour la démocratie à Nice), raconte comment les bénévoles sont confrontés aux afflux de migrants à la frontière italienne.

Des migrants tentent de passer la frontière à Vintimille le 5 août 2016.

Des migrants tentent de passer la frontière à Vintimille le 5 août 2016. / Fabrizio Tenerelli/Ansa/Ap

Comment les associations françaises peuvent-elles aider les migrants dans le Sud-Est de la France, alors que la plupart d’entre eux se trouvent de l’autre côté de la frontière, en Italie ?

Teresa Maffeis : Les bénévoles se déplacent ! Entre Français et Italiens, nous communiquons via des applications mobiles comme Whatsapp. Pour ma part, je me rends à Vintimille au moins trois fois par semaine. La situation est très tendue de l’autre côté de la frontière, alors que 48 Soudanais viennent d’être expulsés dans leur pays.

La police italienne interpelle régulièrement les migrants dans les rues. Ils sont ensuite répartis dans des centres dans le sud de l’Italie ou, plus récemment, en Sardaigne. Il n’y a guère que dans le grand camp géré par La Croix-Rouge italienne, et dans l’église San Antonio, où se réfugient les couples avec enfants, que les forces de l’ordre n’interviennent pas. Les migrants sont par conséquent très contraints dans leurs mouvements pour ne pas se faire prendre.

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Les associations françaises participent à la distribution de nourriture, même si c’est interdit. Il y a aussi eu un vrai renfort des solidarités, depuis l’appel du pape en faveur de l’accueil des migrants. Les évêques de Nice, de San Remo et de Monaco se sont coordonnés. En France, les paroisses font circuler des listes de besoins. Les gens apportent essentiellement des vêtements et des produits d’hygiène, qui sont ensuite distribués en Italie.

Par où passent en ce moment les migrants ?

T. M.  : Certains comptent sur la chance pour ne pas tomber sur la police à bord du train entre Vintimille et la France. D’autres trouvent de nouveaux passages par les montagnes. En ce moment, le sentier du « Pas de la mort » est assez fréquenté. C’est un chemin abrupt au-dessus de Menton, emprunté par les clandestins depuis toujours. Il doit son nom au fait qu’il est très dangereux quand on l’emprunte la nuit.

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Certains se font déposer sur l’autoroute par des passeurs, sur la bande d’arrêt d’urgence. Il y a ceux qui se cachent dans les roseaux pour ne pas se faire prendre, mais la police française connaît aussi ces cachettes. La présence des forces de l’ordre s’est considérablement renforcée ces derniers temps, ainsi que la coopération franco-italienne.

Que se passe-t-il une fois la frontière franchie ?

T. M.  : Un certain nombre de réfugiés acceptent de rester une nuit ou deux chez des bénévoles, pour reprendre des forces, mais personne ne s’attarde dans la région. A Nice, où j’habite, des militants associatifs ouvrent leur portent pour dépanner, mais c’est surtout dans les villages de la Roya, en montagne, dans l’arrière-pays, que les hébergements sont très organisés pour les accueillir en nombre.

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Je ne connais pas un migrant qui est là depuis plus d’un mois. À ma connaissance, il n’y a pas plus de deux migrants qui ont déposé une demande d’asile dans le département. Les autres poursuivent leur route vers Paris, pour rejoindre l’Angleterre par Calais, où d’autres pays comme l’Allemagne ou la Suède.

Au moment où ils repartent, nous ne les déposons pas dans les grandes gares de la Côte d’Azur où la police les attend. On essaie de leur trouver une voiture qui peut les déposer par exemple en gare d’Avignon, d’où ils peuvent continuer leur chemin. Lorsque nous le pouvons, nous leur fournissons des cartes pour qu’ils puissent s’orienter. Puis nous n’avons plus de nouvelles.

Jean-Baptiste François

Publié dans migrations

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