Amnesty International fustige “l'égoïsme des pays riches” envers les réfugiés

Publié le par Etienne Lozay

Carte éditée par Amnesty International.

 

 

Dans un rapport publié ce mardi 4 octobre, l'organisation mondiale de défense des droits de l'Homme fait état des politiques d'accueil des migrants dans le monde, inaugurant ainsi une campagne d'information qui durera deux ans.

Mardi 4 octobre, Amnesty International publie un rapport intitulé Tackling the global refugee crisis : from shirking to sharing responsibility (Lutter contre la crise globale des réfugiés : des manquements au partage des responsabilités). Ce rapport rappelle que dix pays dans le monde accueillent, à eux seuls, 56 % des réfugiés. Le Liban ou la Jordanie, par exemple, hébergent respectivement 1,7 et 2,7 millions de réfugiés, en majorité des Syriens ayant fui le conflit voisin. Et 86 % des 21,3 millions de réfugiés du monde (recensés fin 2015) sont hébergés dans des pays en voie de développement. « Cette disproportion et ce déséquilibre ne peuvent plus durer », attaque Jean-François Dubost, du programme Protection des populations d'Amnesty France.

Faute de partage des responsabilités, ces réfugiés vivent dans des situations de précarité dangereuses, voire subissent un harcèlement de la part des autorités du pays d'accueil, comme au Kenya ou au Pakistan, et risquent un renvoi vers leur pays d'origine malgré la poursuite des conflits ou l'aggravation des situations ayant conduit à leur départ.

Avec ce rapport, Amnesty International inaugure une campagne d'information qui durera deux ans, intitulée « I Welcome »destinée à informer et alerter les opinions publiques mondiales - avec l'espoir qu'elles feront pression sur les gouvernements des pays riches dont  « l'égoïsme ne fait qu'aggraver la crise. »

L'organisation mondiale de défense des droits de l'homme active donc ses sept millions de membres à travers le monde, toutes ses structures sur tous les continents et toutes ses équipes de recherche pour cette campagne – dont elle ne communique pas le budget. Elle formule d'ores et déjà deux propositions concrètes : un mécanisme pérenne et contraignant de répartition de l'accueil entre les 193 pays des Nations unies, établi selon des critères objectifs tels que la démographie, le PIB, le nombre de réfugiés déjà hébergés, la situation de l'emploi etc... Deuxième proposition : un mécanisme analogue activable dans les situations d'urgence et d'arrivées massives en peu de temps sur le territoire d'un ou plusieurs pays, qui pourront dès lors déclencher ce système de solidarité. « Ainsi, chaque pays saura qu'il fournit un effort équitable par rapport à celui des autres, explique Jean-François Dubost, qui insiste : nous voyons bien que le volontarisme des Etats ne suffit pas, nous devons arriver à un système obligatoire. Et pour cela, nous comptons sur la pression d'opinions publiques convenablement informées et sensibilisées. »

La production de données, de rapports, de vidéos, l'organisation de rencontres militantes, d'opérations et d'alerte et de sensibilisation dans tous les pays où Amnesty est présente seront donc coordonnées jusqu'à fin 2018 – date à laquelle les Nations unies doivent tenir un sommet mondial consacré aux réfugiés. « Nous voulons tenir un discours positif, tant sur les réfugiés eux-mêmes que sur les capacités d'accueil des pays riches, tordre le cou aux préjugés et à la peur. Nous croyons que des populations mondiales alertées, informées, pourront exiger de leurs dirigeants le choc de responsabilités qui est indispensable. Depuis les années 1960, Amnesty travaille ainsi : on propose un cadre et on active la responsabilité des opinions. Si on est révolté, si on se sent impuissant, on a le pouvoir, en se mobilisant, de joindre sa voix pour faire changer les choses. Cela peut sembler simpliste, mais tous les combats relatifs aux droits humains ont commencé ainsi. » Fin 2015, le monde comptait 21,3 millions de réfugiés. Soit 0,3% de la population mondiale.

Publié dans migrations

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