Idées reçues sur les migrants (1/6) : « Ils envahissent la France »

Publié le par Etienne Lozay

L’Hexagone est loin d’être la première destination des demandeurs d’asile, surtout quand on rapporte leur nombre à la population.

LE MONDE |

 

Les migrants en situation irrégulière sont, par définition, difficiles à dénombrer. Outre les migrants n’ayant jamais entamé de démarches, un certain nombre de déboutés du droit d’asile ne sont pas effectivement expulsés. La Cimade, un des grands services de soutien aux étrangers, a calculé qu’en moyenne 10 % des déboutés du droit d’asile sont renvoyés. Mais ce chiffre n’est qu’une estimation.

Si l’on regarde les statistiques des demandes d’asile et admissions sur près d’un demi-siècle, la France a, en effet, accordé un nombre record de 19 506 asiles l’an dernier, record lié à la guerre en Syrie et à des conflits plus anciens (Soudan, Irak, Afghanistan).

Record des demandes et les admissions à l'asile en France en 2015

Total des premières demandes d'asile et réexamens (hors mineurs) enregistrées chaque année par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ainsi que des décisions positives de l'OFPRA et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA).
0 10000 20000 30000 40000 50000 60000 70000 DemandesAdmissions1973197519771979198119831985198719891991199319951997199920012003200520072009201120132015
 
Source : OFPRA

Mais, d’une part, ces droits d’asile ne représentent qu’environ 30 % des demandes, ce qui se situe dans la moyenne des années précédentes. Et, rapportées à la population (plus de 66 millions de personnes), non, elles ne peuvent être résumées à une « invasion ».

Rapportée à la population, la part des demandes d'asile n'est pas si élevée en France
Nombre de premières demandes d'asile enregistrées pour un million d'habitants de plusieurs pays de l'Union européenne en 2015 (seuls quelques Etats ont été représentés, à comparer avec la moyenne de l'UE).
0 5000 10000 15000 20000 Demandeurs d'asile pour un million d'habitantHongrieSuèdeAutricheAllemagneSuisseBelgiquemoyenne de l'UEItalieFranceRoyaume-Uni
 
Source : Eurostat

D’ailleurs, le parcours pour obtenir un titre de séjour reste long (216 jours de délai de traitement des demandes en moyenne) et complexe :

  • selon l’origine géographique du demandeur, le dossier est monté à titre de réfugié, d’apatride, sous le régime de protection subsidiaire, ou encore en procédure accélérée ;
  • les migrants peuvent être « dublinés », c’est-à-dire, aux termes du règlement de Dublin, être renvoyés dans le pays européen où ils ont laissé leurs empreintes avant leur arrivée en France ;
  • les préfectures font parfois barrage en limitant le nombre de procédures, en délivrant des informations incomplètes, en ne les traduisant pas, en refusant la domiciliation auprès d’une association…
  • si sa demande d’asile n’est pas acceptée, le migrant peut se tourner vers une instance d’appel : la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui peut demander un nouvel examen. Or, la CNDA est encore plus engorgée que l’Ofpra : les délais peuvent s’étaler sur sept mois, voire plus…

Quant au regroupement familial, il répond, lui aussi, à des contraintes très précises de résidence et de vie commune. Cette procédure, souvent critiquée comme une porte béante à l’immigration, a concerné moins de 12 000 personnes en 2015, un chiffre stable sur dernières années.

 

 

Répartition de la population vivant en France

Publié dans migrations

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