Catholiques, le risque du Front national

Publié le par Etienne Lozay

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Il ne faut pas le prendre à la légère. Pour le monde catholique, le refus du vote pour le Front national est un vrai enjeu. Et on ne peut que déplorer le relatif silence de ses responsables, alors que Marine Le Pen a réussi à rassembler plus de 7,6 millions de voix au premier tour, soit presque 3 millions de plus que son père en 2002.

En 2002, l’opposition des évêques

À l’époque, pour son père, Jean-Marie Le Pen, le président de la conférence des évêques d’alors, Mgr Jean-Pierre Ricard, avait pris la parole, pour expliquer clairement pourquoi un tel programme menaçait les valeurs fondamentales du christianisme. D’autres évêques lui avaient emboîté le pas. Rien de tel aujourd’hui. La conférence des évêques de France a rendu public un rappel salutaire des points d’attention pour un discernement politique. Mais le FN n’est pas cité, ni le danger de ses thèses xénophobes, ni le risque du repli identitaire ou de la contestation des institutions démocratiques.

Christine Boutin ou Sens Commun

Certes, si l’on regarde attentivement le document, – devoir d’accueil des étrangers, importance d’une solidarité européenne –, on voit mal comment voter Front national. Mais il n’y a plus cette volonté de barrage explicite au vote extrême comme cela avait été le cas en 2002. Pire, on entend des voix catholiques ici ou là, de la part de Christine Boutin, comme de certains responsables de Sens commun, pour renvoyer dos à dos Front National et programme d’Emmanuel Macron, ou plutôt, pour reprendre la formule extrêmement dure de Christophe Billan, président de Sens commun, refuser de choisir « entre le chaos porté par Marine Le Pen et le pourrissement politique d’Emmanuel Macron » : « pourrissement » pour qualifier un parti démocratique, voilà une expression qui fleure bon les années 1930 et l’Action française.

Le vote des catholiques pratiquants

Pourquoi une telle discrétion ? Les évêques ont-ils peur que leurs fidèles soient déjà sensibles aux sirènes du lepénisme ? Pourtant, à regarder de près le sondage publié par La Croix, les catholiques pratiquants ne sont guère plus nombreux qu’en 2012 à avoir donné leur suffrage au parti de Marine Le Pen.

Les trois droites catholiques

René Rémond déjà distinguait dans le catholicisme de droite les trois familles : les démocrates chrétiens, dont on peut dire que Macron est proche. Les catholiques républicains, de loin les plus nombreux, qui ont voté pour François Fillon massivement, comme ils l’avaient fait pour Nicolas Sarkozy, et enfin, dernière composante, la droite traditionaliste, héritière du maurrassisme.

Ce n’est pas nouveau. Déjà après la Révolution française, ou après l’institution de la troisième République, des catholiques ont eu ce même sentiment que leur monde s’écroulait, et furent tentés par le repli : pour eux, l’identité passait alors avant les valeurs républicaines. Mais la différence cette fois, c’est qu’ils ne se situent pas sur un terrain politique, mais moral : les évolutions sociétales leur donnent le sentiment de vivre un bouleversement anthropologique,  qui les déstabilise profondément et provoque chez certains cette réaction identitaire.

Mais encore une fois, même à l’intérieur de la droite, le catholicisme est plus divers qu’on ne le pense. Cette « minorité active » de la droite traditionaliste reste justement une… minorité, comme à l’époque où René Rémond l’auscultait. Il ne faut pas qu’elle fasse la même OPA sur les catholiques de droite qu’elle a fait sur les marcheurs de la Manif pour tous. Et il est urgent de rappeler l’opposition fondamentale du christianisme aux thèses du Front national, même si parler ne suffit pas : on doit aussi en comprendre les raisons, et les combattre. Le catholicisme dans son ensemble ne gagnerait rien à laisser une partie de sa droite républicaine dériver vers le vote Front national.

Publié dans Elections 2017

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