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Pas au nom de tous les catholiques !

Publié le par Etienne Lozay

Présenter François Fillon comme le «candidat chrétien» met beaucoup de catholiques mal à l'aise. Car depuis la fin du XXe siècle, la dérive droitière d'une partie de l'électorat catholique, finit par contredire le véritable message chrétien.

Pas au nom de tous les catholiques !

En novembre 2016, une couverture du quotidien Libération s’écriait : «Attention, Jésus revient !» C’était au moment de la primaire de la droite où le candidat François Fillon, alors figure présentée comme probe à défaut d’avoir un programme social, semblait plébiscité par ledit électorat catholique. Quel (mauvais) chemin parcouru pour que l’on en arrive à ce constat, il est vrai peu encombré par la nuance ! Certes, l’histoire en France a montré que les catholiques n’avaient pas toujours eu rendez-vous avec la gauche. On sait ce que la guerre des deux France à propos de la laïcité a pu laisser comme traces dans les esprits. L’intransigeance d’Emile Combes d’un côté et des catholiques antirépublicains de l’autre a trouvé des héritiers dans les générations qui ont suivi. Mais l’histoire ne saurait se réduire à cette dialectique des intransigeances. Sans dire que le catholicisme et, par-delà lui, le christianisme auraient dû être nécessairement de gauche, faut-il rappeler le compagnonnage de moult chrétiens avec ceux qui se réclamèrent du socialisme et plus largement des combats sociaux ? Les prêtres-ouvriers, le grand nombre de syndicalistes, les ministres et députés chrétiens des gouvernements de gauche prouvèrent que des passerelles pouvaient être créées pour réunir des rives séparées, plus par un énorme malentendu que par de profondes divergences de valeurs. Si on élargit notre regard au monde, les autres continents montrent combien le christianisme demeure subversif sur le plan politique au-delà de l’espérance qu’il porte.

«Nouvelle évangélisation»

Depuis la fin du XXe siècle, force est d’admettre que les catholiques ont évolué toujours plus vers la droite, même s’ils ont longtemps délaissé, plus que les autres secteurs de l’électorat, le vote pour le Front national. Soulignons quand même que cette dérive droitière ne se départ pas d’un mouvement plus général qui déporte les électorats vers la droite. C’est d’ailleurs vrai au-delà de la France. Dans les zones du monde en perdition, le procès fait à la solidarité – rappelons le rejet de l’assistanat – est de plus en plus évident tandis que l’affirmation identitaire tient lieu de doctrine politique !

Cependant, à cette tendance générale du monde s’ajoutent des facteurs plus spécifiques pour les catholiques : les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI, même s’ils se sont inscrits dans la doctrine sociale de l’Eglise qui met à distance les «logiques» du marché et prône l’éthique de l’accueil, ont surtout recentré leurs efforts sur les priorités familiales et la «nouvelle évangélisation». Les courants plus portés sur ces priorités ont ainsi pris de la force dans une Eglise où les courants engagés sur le social et le développement international encore très présents ont perdu en visibilité ; ne serait-ce que parce qu’ils ne passent pas leur temps à montrer la source de leur élan et qu’ils se retrouvent dans des combats avec d’autres familles de pensée. En distinguant ces deux versants de l’Eglise, il ne s’agit pas d’opposer la protection de la famille – comme lieu d’éducation à la liberté – et la protection des salariés et des pauvres : «Tout est lié» comme l’a beaucoup dit le pape François dans son encyclique sur l’écologie (Laudato Si). Mais il est vrai que les courants conservateurs plus portés à célébrer et à défendre ladite «famille traditionnelle» qu’à s’engager dans les luttes sociales et écologiques ont trouvé dans ces pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI une fenêtre d’opportunité. Et il est encore trop tôt pour voir si l’appel du pape François à mettre en priorité les périphéries du monde (pauvres, migrants, impotents, victimes d’homophobie et de racisme) va rééquilibrer la barque de l’Eglise.

Au vu de tous ces éléments, il ne s’agit donc pas de nier l’évolution droitière des catholiques comme du reste de l’électorat. Cependant, trop, c’est trop !

Se rendent-ils compte, certains journalistes qui s’adonnent à ces strictes données statistiques, des malaises qu’ils imposent à ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette catégorie de catholiques nécessairement de droite ? Mais d’autres doivent être interrogés aussi, en particulier ces chrétiens qui se disent du mouvement Sens commun et qui contribuent à rendre cette catégorie pertinente. Se rendent-ils compte qu’ils n’ont pas à faire de l’arène politique une sacristie ? Se rendent-ils compte que leur sens politique n’est pas forcément commun à celui d’autres chrétiens qu’ils prennent en otage de leur positionnement très particulier ?

Le christianisme ne porte en lui aucune essence spirituelle qui conduirait celui qui s’en réclame à être un dévot d’une droite de plus en plus radicalisée. Au contraire même ! La condamnation de l’assistanat et la célébration d’un soi-disant âge d’or où l’identité aurait été pure n’ont rien à voir avec l’élan solidaire et la libération prônés par Jésus-Christ.

Pierre Blanc Universitaire

Publié dans Elections 2017

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