"Affaire Brugère" : désespérant et affligeant

Publié le par Etienne Lozay

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Le Conseil Famille et société de la Conférence des évêques de France (CEF), présidé par Mgr Jean-Luc Brunin, vient d’annuler l’intervention de la philosophe Fabienne Brugère (photo)  "sous la pression d’une minorité érigée en police de la pensée", comme l'écrit justement Dominique Greiner en Une de La Croix.


Faut-il être à ce point peu assuré de ses propres convictions pour refuser d'écouter des points de vue jugés a priori différents, sinon opposés, à la doctrine officielle de l’Église catholique ?

Après l'annulation de la venue de la philosophe Fabienne Brugère à une réunion, le 19 mars, des délégués diocésains à la pastorale familiale, j'hésite entre deux qualificatifs : désespérant, pour reprendre le commentaire d'un ami, et affligeant.

Si quelques mouvements d'humeur relayés par des sites Internet proches de la droite extrême, comme Le Salon Beige, suffisent à faire trembler quelques évêques, cela devient inquiétant.

L'occasion de saluer le courage, une fois de plus, du journal La Croix, qui, lui, n'a pas tremblé.
Je renvoie ci-dessous à l'excellent éditorial de Dominique Greiner en Une du quotidien le 14 mars, ainsi qu'à l'article très clair signé Loup Besmond de Senneville (cliquer ici).


Déchirements dans l'Église

"Le Conseil Famille et société de la Conférence des évêques de France (CEF), présidé par Mgr Jean-Luc Brunin, vient d’annuler l’intervention de Fabienne Brugère, initialement programmée pour la journée nationale de formation des délégués diocésains à la pastorale familiale du 19 mars prochain.

"La philosophe devait prendre la parole sur un thème choisi pour faire retomber les passions internes à l’Église catholique après les débats tendus sur le mariage entre personnes de même sexe : « Prendre soin de l’autre, un appel lancé à tous. »

"L’annulation de l’intervention de Fabienne Brugère fait suite à une supplique adressée à Mgr Pontier, président de la CEF, et relayée par des sites traditionalistes, qui dénonçait l’invitation d’une femme « connue pour être adepte de l’idéologie de Judith Butler » et qui serait donc une promotrice de l’idéologie du genre.

"Mgr Brunin, après avoir consulté les membres de son conseil et au-delà, justifie sa décision en disant que les conditions d’un dialogue serein de l’Église avec la société n’étaient pas réunies et qu’il était préférable de faire le « choix de la patience et non pas de l’affrontement ».

La décision passe mal dans une partie de l’épiscopat, qui regrette une reculade sous la pression d’une minorité érigée en police de la pensée. « L’Église n’a pas besoin de défenseurs de ses propres causes ou de croisés pour ses propres batailles, mais de semeurs humbles et confiants de la vérité », déclarait le pape François aux membres de la Congrégation pour les évêques fin février.

"Ce sont pourtant ces « croisés » qui semblent avoir marqué un point dans la bataille contre-culturelle qu’ils mènent. L’épiscopat a perdu ici une belle occasion de manifester qu’envers et contre tout l’Église est conversation. Dialoguer avec les représentants de la pensée contemporaine fait partie de sa nature et de sa mission.

"Dans moins d’un mois, les évêques se retrouveront à Lourdes pour leur Assemblée plénière. Ils auront à s’expliquer sur une décision qui voulait apaiser les esprits mais qui d’ores et déjà déchire l’épiscopat et sans doute les communautés. Les débats promettent d’être houleux."

Dominique GREINER.


Commentaires

Il serait temps que l'épiscopat français se mettent au clair face à ses groupuscules d'extrême droite!
Cela devient vraiment inquiétant que des gens qui n'ont même pas le courage de s'exprimer à visage découvert dicte leur loi aux évêques!

Écrit par : Mathilde | 15 mars 2014

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@ Mathilde
Votre commentaire est étonnant et pourrais etre retourné en parlant de groupuscules d'extreme gauche léninistes qui veulent imposer leur idéologie.
Dans les faits, la pertinence de cette intervention faisait déjà plus que débat entre les éveques. Les "pressions des groupuscules" comme vous dites n'en sont que le reflet visible.
Bref, attention dans ce genre de conflit d'intérêt

Écrit par : Roland | 15 mars 2014

et voila comme la droite extrême ou l’extrême droite pourri
l’Église, je n'entends plus monseigneur Pontier
mais l’église ce n'est pas un courant de pensée
c'est l’Évangile et là ils viennent de le fouler, comme Jésus fut crucifié,nul ne peut lui succéder,personne,la patience elle n'est pas pour des extrêmes,ceux qui ne tolèrent personne
ce n'est pas cela l’Évangile,c'est la paix que l'on donne et que l'on reçoit.

Écrit par : riviere | 15 mars 2014

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" Maintenir l’intervention...aurait menacé la communion ecclésiale."dixit Mgr Brunin.
Mais qui veut de cette communion ecclésiale hypocrite? Allons-nous devoir supporter encore longtemps que la CEF plie sous le dictat de quelques poignées de traditionalistes qui veulent nous faire ignorer l'injonction évangélique "N'ayez pas peur!"?

Écrit par : Jean-Christian Hervé | 15 mars 2014

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Oui, n'ayons pas peur!

12 :11 Les paroles de sagesse
Sont comme des aiguillons.
Les auteurs des livres
Nous envoient des piques
Pour notre inspiration. (Ec)

Écrit par : Jean Bescond | 16 mars 2014

Le Salon Beige n'est absolument pas un "site internet proche de la droite extrême" ! C'est un "blog quotidien d'actualité par des laïcs catholiques", rien de plus ! Après si vous aussi, monsieur Vercelletto, faites l'amalgame entre catholique et extrême droite... Pourriez vous s'il vous plaît rectifier ce point dans votre article car certains internautes comme Mathilde ou Rivière ont été piégés par cette erreur.

Écrit par : Georges | 15 mars 2014

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Je n'ai pas été piégée par les propos de François Vercelletto!
Il suffit d'aller sur ce site et de lire les articles pour comprendre qu'il s'agit d'un site d'extrême droite.

Écrit par : Mathilde | 16 mars 2014

Ce site est un site d'extrême droite, il suffit de le lire pour le savoir et surtout c'est de notoriété publique. S'il y a bien une personne qui ne fait pas le lien entre catholiques et extrême droite c'est François VERCELETTO. Personne n'a été "piégé" comme le suggère votre phrase qui fait evidemment écho à votre paranoia contre les médias.

Cela dit vous êtes probablement d'extrême droite comme Monsieur Jourdain faisait de la prose : sans le savoir !

Écrit par : jerome | 16 mars 2014

Le vrai scandale aurait été de maintenir la programmation de cette dame prmotrice d'une idéologie du genre dangereuse et destructrice !

Écrit par : Georges | 15 mars 2014

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On parle lors de cette journée de formation, pas de débat d'idée. En general, l'idee d'une formation est de faire passer un savoir, pas de debatre sur un sujet comme si l'on avait le choix.
En voulant faire intervenir cette philosophe, l'episcopat considere que la parole de cette dame est conforme à l'enseignement et à la vision de l'Eglise sur ce sujet. Or ce n'est vraissemblablement pas le cas. Elle n'a donc aucune raison d'intervenir.

En revanche, s'il s'agissait d'un séminaire rassemblant des gens avertis qui doivent reflechir sur le sujet et donner un avis, un peu à la manière d'une commission d'information où d'une commission de raporteurs, alors oui l'intervention de cette femme serait interessante afin de presenter l'ensemble des possibilités se rapportant au sujet

Écrit par : Roland | 15 mars 2014

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les commentaires lus ici montrent combien ces chrétiens se sont éloignés de l'Eglise en s'inventant leur propre doctrine accommodant la culture dominante à leurs vagues souvenirs de catéchisme ! L'Eglise a une doctrine, on a que faire d'entendre les éculubrations de cette pseudo philosophe. on sait ce qu'il advient des marchands du temple. Notre avenir, c'est le Christ, pas la théorie du genre ! A bon entendeur

Écrit par : GODIN | 16 mars 2014

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Qui êtes-vous pour "canonner" sur "ces chrétiens" dont les commentaires ne vous plaisent pas ?
Que savez-vous de leur foi, de leur culture religieuse, de leur fidélité à l'Église qui vous permette de leur attribuer de "vagues souvenirs de catéchisme" ?

Comment pouvez-vous qualifier Fabienne Brugère de "pseudo-philosophe" et l'injurier en qualifiant ses propos d'"élucubrations" ?
Êtes-vous philosophe vous-même ?
Avez-vous lu toutes ses publications et écouté toutes ses interventions ?

Quant à la doctrine de l'Église, vous avez bien de la chance de la connaître intégralement, avec toutes ses variations au cours des siècles depuis les écrits du Nouveau Testament, ses fondements…
Et si, comme nous l'apprend St Paul, l'Église c'est le corps du Christ, croyez-vous que ce soit une doctrine qui la rassemble et la fasse tenir ?

Et si notre avenir, c'est le Christ, donc une personne, comment pouvez-vous l'opposer à une "théorie", qui d'ailleurs n'existe pas ?

Écrit par : Marie-Françoise | 16 mars 2014

Marie-Françoise, c'est vraiment être de mauvaise foi que d'affirmer que la théorie du genre n'existe pas. Il suffit d'une recherche rapide pour se rendre compte qu'elle existe bel et bien. Et que ce sont ses promoteurs qui veulent nous faire croire qu'elle n'existe pas. Pourquoi donc ? N'ont ils pas la conscience tranquille pour se cacher à ce point ?

Écrit par : Georges | 16 mars 2014

Je voudrais poser deux questions au sujet de l'annulation de l'intervention de la philosophe Fabienne Brugère programmée pour la journée nationale de formation des délégués diocésains à la pastorale familiale du 19 mars prochain.
1 - Mgr Brunin a-t-il pris connaissance du contenu de son intervention, et, accessoirement, l'a-t-il consultée, avant de justifier cette annulation par un risque de "division" ?
2 - Par qui Fabienne Brugère a-t-elle été remplacée, et sur quel thème ?

Je me mets à la place de cette femme, qui, j'imagine, doit ressentir cette annulation, moins d'une semaine avant son intervention, comme un affront…
D'autant plus qu'il est impensable qu'elle n'ait pas déjà passé un certain nombre d'heures à la préparer…

J'ose espérer que, dans cette affaire, les évêques de France n'ont pas ajouté la goujaterie à la lâcheté !…

Écrit par : Marie-Françoise | 16 mars 2014

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Annuler , pour une formation (!) de responsables diocésains de la pastorale familiale, une conférence intitulée « La dimension sociale de l’autre » de Fabienne Brugère, philosophe, spécialiste française du « care » qui se veut une réflexion sur… « la place du souci pour autrui » : plus que surprenant et un peu inquiétant.

Une formation n’est-ce que de l’endoctrinement, fut-il ecclésial (je n’emploierai pas le terme d’évangélique) ou est-ce aussi un temps de partage, de réflexion(s), en l’occurrence, pour des formateurs de pastorale familiale dont la mission est d’amener l’autre au discernement dans sa pratique religieuse, spirituelle ?

« Avoir souci pour autrui » me semble répondre à un objectif évangélique… et est bien difficile à vivre. Dommage de se priver d’une contribution philosophique, sociale parmi d’autres, sur ce sujet pour renforcer nos convictions spirituelles et… notre « efficacité ».
Nous parvenons parfois bien difficilement à échapper à nos « déterminismes » psychologiques, sociaux qui peuvent nous entraver, voire nous emprisonner dans notre cheminement cahoteux de l’amour de l’autre. L’apport des sciences humaines et sociales, qui sont, de nos jours, des données courantes dans notre société, dans notre culture (sans, bien sûr, en faire l’alpha et l’oméga !) peut être un plus pour nous aider dans ce cheminement.

Benoît XVI s’est fait entourlouper par les intégristes souvent actifs dans des groupes politico-religieux et qui se sont "moqués" de lui. François les tient un peu à distance.
Peut-être quelques évêques français pourraient-ils également garder un peu leur distance en s’inspirant peut-être davantage de l’enseignement du Successeur actuel de Pierre dans son exhortation apostolique : Evangelii Gaudium

« …. 40 L’Église qui est disciple-missionnaire, a besoin de croître dans son interprétation de la Parole révélée et dans sa compréhension de la vérité. La tâche des exégètes et des théologiens aide à « mûrir le jugement de l’Église ».
D’une autre façon les autres sciences le font aussi. Se référant aux sciences sociales, par exemple, Jean-Paul II a dit que l’Église prête attention à leurs contributions « pour tirer des indications concrètes qui l’aident à remplir sa mission de Magistère ». En outre, au sein de l’Église, il y a d’innombrables questions autour desquelles on recherche et on réfléchit avec une grande liberté. Les diverses lignes de pensée philosophique, théologique et pastorale, si elles se laissent harmoniser par l’Esprit dans le respect et dans l’amour, peuvent faire croître l’Église, en ce qu’elles aident à mieux expliciter le très riche trésor de la Parole. A ceux qui rêvent une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances, cela peut sembler une dispersion imparfaite. Mais la réalité est que cette variété aide à manifester et à mieux développer les divers aspects de la richesse inépuisable de l’Évangile… »

Écrit par : Jean | 16 mars 2014

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@George
OK, Georges.
Vous avez raison : la théorie de genre existe.
J'aurais dû peaufiner la finale de ma réaction à GODIN...
Mais mettre en comparaison le Christ et une théorie me semble, pour le coup, d'une telle absurdité que mon sang n'a fait qu'un tour !
Par contre, je persiste et signe pour tout ce qui précède !...

Écrit par : Marie-Françoise | 16 mars 2014

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Je rappelle- ce qui a été dit cent fois à ceux qui font une parano sur la prétendue "théorie du genre" qu'il y a une grande diversité de travaux qui utilisent la notion de genre, que ces travaux ne se réfèrent pas tous à la même théorie, et que donc l'expression LA théorie du genre, au singulier, est vide de sens. Ce que les autorités ecclésiales dénoncent- en en donnant d'ailleurs une idée caricaturale, c'est l'oeuvre de Judith Butler,qui n'est pas, loin s'en faut, la seule théoricienne dans ce domaine.

S'agissant de Fabienne Bruguère, je ne connais ni son oeuvre ni sa personne, mais d'après le peu que j'en ai vu sur Internet, il ne me semble pas qu'elle soit une disciple de Butler. Il se peut qu'elle utilise la notion de genre, mais à peu près tout le monde l'utilise, sauf les évêques. Il se peut même qu'elle fasse référence à Butler, mais en philosophie, on est censé connaître et discuter d'autres auteurs que ceux avec qui on est d'accord. On peut se référer à Platon sans être platonicien, se référer à Nietsche sans être Niestschéen, se référer à Hégel sans être hégelien, etc.
Je suppose que la personne qui a envisagé de l'inviter savait de qui il s'agissait, et en avait averti les autres organisateurs. Les dits organisateurs étaient donc parfaitement bien placés pour répondre à ceux qui s'en étaient inquiétés: vous vous trompez, cette personne n'est pas ce que vous croyez qu'elle est, sa réflexion nous intéresse, écoutez ce qu'elle a à dire avant de faire courir des bruits sans fondement.
Renoncer à entendre une oratrice parce qu'il se pourrait que ses propos ne fassent pas l'unanimité est proprement effarant. Autant dire tout de suite qu'en milieu ecclésisatique, on ne se rend pas à une conférence pour découvrir une pensée, mais pour entendre dire ce que tout le monde pense déjà. Mais peut-on appeler cela penser?

Écrit par : Anne-Marie H. | 16 mars 2014

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il y a une expréssion pour ça c'est "ils sont plus royalistes que le roi".

Pauvres évêques, poltrons, qui cèdent aussitôt devant une poignée d'illuminés qui prétendent dicter la conduite de ceux qui sont censés être les chefs de l'Eglise...

A la décharge des saints pères, il est plus facile de lier le mariage pour tous à la polygamie que de répondre à deux ou trois mégères qui prétendent imposer leur vision de la Foi alors mêmes que ces mêmes évêques ont fait de longues études de théologie...

Ca n'est qu'un début. L'Eglise s'est tellement repliée sur elle-même qu'elle n'a plus que ces nervis comme interlocuteurs. Pendant ce temps là les pauvres, les exclus, les femmes et les hommes qui vivent des vies difficiles, chassés par ces gorgones en vuitton et burberry, se détournent du Christ et de son amour infini.

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