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En finir avec la précarisation de la jeunesse ? Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a voté le 12 juin un avis qui incite la France à adapter son système de protection sociale aux besoins des jeunes. RSA, santé, formation, logement : face à une « situation d’urgence sociale », des propositions sont faites. Entretien avec le rapporteur de l’avis, Antoine Dulin, qui est par ailleurs délégué national aux Scouts et Guides de France.


Pour Antoine Dulin, membre du CESE, « La précarité ne doit pas être la norme pour l’entrée dans la vie active » (photo : Scouts et Guides de France).

Le Canard Social : Le CESE s’intéresse aux questions liées à la jeunesse : pourquoi ?

Antoine Dulin : Les questions liées à la jeunesse sont peu traitées, elles restent le parent pauvre des politiques publiques. Beaucoup de rapports se sont enchainés sans que les choses changent réellement. C’est pourquoi nous avons voulu aborder le sujet sous l’angle du non recours aux droits sociaux des jeunes. Cette question du non recours aux dispositifs d’action sociale est liée à l’accès au logement, à l’accès à la santé, au minimas sociaux, à la formation, à la qualification et à l’emploi.

LCS : Vous réagissez également à des constats alarmants sur la situation des jeunes aujourd’hui…

Antoine Dulin : Les chiffres sont en effet très inquiétants, nous sommes dans une situation d’urgence sociale. 22 % des jeunes de 18 à 25 ans sont au chômage, parfois 40 % dans les zones urbaines sensibles. 1/3 des jeunes enchainent pendant 3 ans des emplois précaires avant d’avoir un emploi stable. L’âge moyen pour avoir un emploi stable, un CDI ou CDD de plus d’un an, c’est 27 ans ! Alors que dans les années 1970, on avait un emploi stable à 20 ans…

Cela veut dire qu’aujourd’hui, il y a en moyenne 11 ans d’écart entre la fin du système scolaire obligatoire (18 ans) et l’âge où on accède à l’autonomie réelle à travers un emploi stable (27 ans).

LCS : Vous pointez du doigt une période de la vie qui est de plus en plus précarisante ?

Antoine Dulin : Les situations sont très différentes d’un jeune à l’autre, mais devoir attendre 11 ans en moyenne pour accéder à une véritable autonomie, c’est très inquiétant. L’allongement de cette période reflète un nouvel âge de la vie et à travers ce constat, on voit bien qu’une période de la jeunesse n’est pas prise en compte aujourd’hui en France par le système de protection sociale. Le phénomène de la précarisation de la jeunesse n’est pas nouveau mais il s’aggrave, notamment depuis la crise de 2008.

Aujourd’hui, 1 jeune sur 6 vit sous le seuil de pauvreté, 13 % n’ont ni emploi, ni qualification, 1 jeune sur 6 n’a pas accès à une complémentaire santé, l’accès au logement est très contraint, un tiers des personnes accueillies en foyers d’urgence sont des jeunes... Aujourd’hui, c’est la classe d’âge qui subit le plus la précarité devant les retraités.

LCS : Selon vous, les dispositifs existants ne sont pas la hauteur ?

Antoine Dulin : En fait, on a mis en place des dispositifs qui sont palliatifs et se chevauchent au lieu d’apporter de vraies réponses. Par exemple, le fonds d’aide aux jeunes (FAJ) mis en place en 1988 par l’État a ensuite été confié aux Conseils généraux. Aujourd’hui, pour y avoir accès, il y a des inégalités incroyables d’un territoire à l’autre, et son montant – 26 millions d’euros au niveau national – ne permet que de gérer l’urgence. Et le FAJ ne relève pas du droit commun : il faut passer devant une commission qui valide ou pas la demande d’aide. C’est donc discrétionnaire et non opposable.

Autre exemple, les aides à la mobilité : il existe au moins une centaine d’aides différentes au permis de conduire selon les territoires. Pour la question du logement, c’est pareil. Il existe aussi une multitude de dispositifs, les jeunes s’y perdent et ne demandent plus à bénéficier de leurs droits. Les travailleurs sociaux sont eux aussi perdus dans ce millefeuille.

LCS : Que proposez-vous de nouveau pour sortir de l’impasse ?

Antoine Dulin : Pour moi, il est important que la jeunesse soit traitée par les différents ministères mais ce qu'il faut c'est une vraie coordination au plus sommet de l'État pour coordonner les différents ministères. Il ne faudrait pas que cette question soit seulement traitée de façon partielle par différents ministères sans coordination : un peu d'emploi, d'affaires sociales, de santé, d'éducation... Il faut lancer une politique publique globale et ambitieuse consacrée à la jeunesse, avec une vision et une coordination.

Nous avons plusieurs propositions dans ce sens : créer un poste de haut commissaire à la jeunesse, coordonner les différents acteurs avec de véritables chefs de file comme en Pays de la Loire où la Région a lancé un « schéma jeunesse ». C’est simple, ça ne coûte pas cher et c’est structurel.

 Autre dimension : il ne faut pas faire pour les jeunes sans les jeunes : nous proposons la création d’un conseil d’orientation des politiques jeunesse, comme il existe un conseil d’orientation pour les retraites. Ce conseil associerait l’Etat, les représentants de collectivités locales, mais aussi les partenaires sociaux, les mouvements de jeunes et les associations familiales. Il faut nous associer aux affaires publiques, et on voit que ça marche bien avec les mutuelles étudiantes.

Par ailleurs, il est important de renforcer les lieux d’information et d’accompagnement comme le CROUS, les « points écoute jeunes » et les Missions locales. On s’aperçoit que les missions locales sont devenus le Pôle Emploi des jeunes : il faut qu’elles interviennent aussi beaucoup plus sur la santé, la mobilité et le logement.

LCS : Dans votre avis, vous évoquez également la « sécurisation du parcours des jeunes ». A quoi pensez-vous concrètement ?

Antoine Dulin : Pour la santé, nous proposons de mettre en place un chèque santé pour acquérir une complémentaire et nous voulons simplifier l’accès à la CMU, sans avoir à fournir des milliers de documents et de devoir attendre 9 mois pour l’obtenir ! Concernant le logement, il faut mettre en place un système de cautionnement solidaire obligatoire pour sortir de la logique de cautionnement des parents.

Et puis, autre exemple, il faut absolument assouplir les conditions d’entrée dans le RSA Jeunes : il n’y a que 8 000 bénéficiaires alors qu’on parlait d’une prévision de 160 000 jeunes. Le non recours au RSA activité (pour les plus de 25 ans, NDLR) est tellement important qu’il existe de l’argent pour financer un assouplissement du RSA Jeunes.

Enfin, l’idée novatrice est d’inventer un nouveau droit à la qualification et à la formation, assorti d’une allocation. La société a besoin de jeunes pour le développement économique, alors il faut les aider à se former. Au niveau du CESE, on a posé le principe de ce droit, reste à aborder les questions de financement. En fait, nous disons une chose simple : la précarité ne doit pas être la norme pour l’entrée dans la vie active

LCS : Y-a-t-il urgence à poser des actes concrets ?

Antoine Dulin : Oui, il y a une urgence de cohésion sociale. Si on ne fait rien rapidement, le risque est réel de tomber dans ce que vit aujourd’hui l’Espagne. On ne peut pas laisser une partie d’une génération aller dans le mur. Au delà des jeunes, c’est un vrai investissement pour l’avenir. Si on veut continuer à financer le système de protection sociale intergénérationnel, il faut développer l’économie avec les jeunes.

 Et puis il faut être vigilant sur la pérennité de notre système : si les jeunes ne voient pas intervenir la puissance publique pendant leur période de galère, comment pourront-ils adhérer au système de protection sociale et payer des impôts quand ils auront un emploi et une vie stable à 35 ou 40 ans ? Il en va de la pérennité de notre système.

LCS : Qu’est-ce qui vous permet de pensez que vos propositions seront retenues par les décideurs politiques ?

Antoine Dulin : On a travaillé pendant 5 mois sur cet avis au CESE : et si on est arrivé à se mettre d’accord entre jeunes, chefs d’entreprises, et experts, c’est qu’il y a bien une dynamique dans la société civile. Et les politiques peuvent s’appuyer sur notre dynamique pour prendre la question de la jeunesse à bras le corps.

Propos recueillis par Frédéric Lossent

Lire l'avis sur le site internet du CESE

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