Combattre l’insécurité alimentaire au Sahel

Publié le par Etienne Lozay


Afrique verte, partenaire du CCFD-Terre Solidaire aide à l’approvisionnement des populations du Niger, du Mali et du Burkina Faso en céréales locales, en s’appuyant sur les organisations paysannes (OP)

Combattre l’insécurité alimentaire au Sahel
Paris, le 7 mai 2012

Depuis plus de vingt ans, l’association Afrique verte aide à l’approvisionnement des populations du Niger, du Mali et du Burkina Faso en céréales locales, en s’appuyant sur les organisations paysannes (OP). La directrice de l’ONG, Caroline Bah, passe en revue les outils mis en place au cours de ces deux décennies et évalue leur pertinence. Interview.

On peut définir les banques de céréales qui ont inauguré votre intervention comme des réserves villageoises constituées au moment des récoltes. Géré par une O.P., le stock est revendu à prix compétitif aux membres de l’organisation lorsque les céréales deviennent rares et que les prix montent sur le marché national.
Caroline Bah : Au départ, les banques de céréales traditionnelles fonctionnaient de cette manière. Un peu à la manière d’un frigo, si j’ose dire, dans lequel on puisait au fur et à mesure des besoins et de l’augmentation des prix. Cette initiative, qui permet d’amortir les tensions en période de soudure, a été jugée suffisamment intéressante par les autorités maliennes pour qu’elles la généralisent : désormais, les 703 communes du pays disposent d’une banque de céréales. Au Niger, on compte plus de 2850 banques céréalières.
Cela dit, au fil des années, des problèmes sont apparus. Nombreuses étaient les banques qui connaissaient des pertes, soit en raison de mauvaises conditions de stockage, soit d’une gestion laissant à désirer. La tendance, qui s’est affirmée ces dernières années, est d’accroître la fluidité des banques céréalières. Autrement dit, d’accélérer la mise en circulation sur le marché du mil, du sorgho ou du maïs, sans attendre plusieurs mois une hausse encore plus accentuée, mais hypothétique, du prix des céréales. Lorsqu’elles organisent deux ou trois rotations au cours d’une même campagne agricole, les banques de céréales contribuent mieux à la sécurité alimentaire.

Que se passe-t-il lorsque la récolte est fortement déficitaire ?

Nous avons adapté le mécanisme des banques de céréales, par une gestion multi-acteurs de « Stocks d’atténuation de crise ». Grâce aux aides extérieures mobilisées en situation de crise, les stocks achetés sont vendus aux villageois à des prix inférieurs à ceux du marché (à 50 % ou 75 %). L’argent qui rentre à la suite de la vente de ce stock - 100 tonnes par exemple - permet de racheter 25 tonnes, qui sont à leur tour mises en vente et ainsi de suite. Le mécanisme, qui fonctionne efficacement, présente en outre l’avantage de faire travailler ensemble la fédération paysanne locale, les élus et les services techniques qui décident des villages ciblés et des prix. C’est une entente précieuse pour contribuer à endiguer la crise.

Les bourses de céréales sont un autre outil vulgarisé par Afrique verte et ses trois antennes sahéliennes, désormais ONG nationales autonomes (1)…
Les bourses rassemblent tous les opérateurs, y compris les commerçants, et mettent en rapport l’offre et la demande sur la base d’échantillons (quelques épis ou kilos de grains). De cette manière, les zones déficitaires en céréales passent contrat avec les zones excédentaires. Il s’agit de contrats à terme - avec livraison huit jours ou trois mois plus tard - mobilisant le secteur bancaire. Les animateurs d’Afrique verte ont la responsabilité de faire respecter les délais, les tonnages et la qualité. Ces bourses fonctionnent bien - au Burkina Faso et au Mali notamment - car au fil des ans, la confiance s’est instaurée. La situation au Niger est particulière. Là, les acheteurs hésitent à s’engager, car dans ce pays où la crise alimentaire est récurrente, les paysans tablent sur des livraisons gratuites ou à prix très modérés par le gouvernement. Autrement dit, nos projets de développement sont ici victimes des aides d’urgence. Mais le pari effectué par les acteurs locaux à l’issue de mauvaises récoltes est chaque fois risqué : si les aides n’arrivent pas, la disette guette.

Plus récemment, Afrique verte a lancé des banques aux intrants.

En effet, depuis déjà quatre années, nous nous intéressons à la fourniture de semences et d’engrais afin que les paysans obtiennent de meilleurs rendements. Aujourd’hui, le rendement moyen (entre mil, sorgho et maïs) est faible : il avoisine les 500 kilos/hectare. Avec des variétés améliorées, sans OGM, mises au point par les organismes de recherche, il est possible de doubler ces rendements. Mais - aléa majeur – si le déficit pluviométrique est fort, ces nouvelles variétés ne donnent pas. Alors, les paysans sèment à la fois des variétés traditionnelles et améliorées : au moins l’une d’entre elles poussera…

À quel objectif répondent les programmes de transformation de céréales qui ont vu le jour en ville ?
Il s’agit avant tout d’offrir un débouché aux paysans. Lorsque la récolte est bonne, les paysans sahéliens ne disposent pas pour autant de ressources monétaires, car le mil ou le sorgho ne sont que faiblement marchands. La réalisation de produits transformés - et aussi de farines infantiles enrichies de compléments minéro-vitaminiques, comme le Misola, qui préviennent la malnutrition - leur fournissent des rentrées d’argent. Et leur permettent de mieux vivre. Une manière pour Afrique verte de boucler la boucle.

Tous ces outils influent-ils sur la politique des États et des bailleurs de fonds ?
Bien sûr. Car outre son action régionale, Afrique verte poursuit son travail de plaidoyer auprès des neuf pays membres du CIILSS, le Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel ainsi qu’au sein du Réseau des prévention des crises alimentaires (RPCA). Un seul exemple - très encourageant - pour montrer que notre démarche diffuse : la FAO commence à acheter des céréales localement. Nous nous efforçons de favoriser les offres groupées des producteurs villageois afin de satisfaire aux gros tonnages que réclame le plus souvent l’organisme des Nations unies. C’est bien le signe positif que les choses bougent.

Propos recueillis par Yves Hardy

(1) AcSSA au Niger, AMASSA au Mali et APROSSA au Burkina Faso.
Pour plus d’informations, cf. : www.afriqueverte.org

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