Conférence des eveques de France : Élections : un vote pour quelle société ?

Publié le par Etienne Lozay

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DURANT LES PROCHAINS MOIS, NOTRE ATTENTION SERA LARGEMENT  SOLLICITÉE  PAR LA PRÉPARATION DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLE ET LÉGISLATIVES. Ces temps  que nous  traversons  sont des temps  de crise. Une crise globale touche tous les pays occiden- taux depuis plusieurs dizaines  d’années.  Ce n’est pas une particularité française. Les effets de la crise finan- cière mondiale  qui s’est accélérée en septembre 2008 sont loin d’être épuisés.  Ce déséquilibre s’est ajouté aux difficultés sociales et politiques qui sont les consé- quences  de la transformation profonde  et rapide de nos sociétés et de toutes les structures qui organisent notre vie sociale.

 

De nombreux facteurs de transformation se conjuguent. Trois d’entre eux méritent, selon nous, de retenir l’attention de tous :

 

  •  Tout  d’abord,  nous   pensons  au  formidable développement des techniques scientifiques. Celui-ci ne cesse de se poursuivre. Il incite à projeter ou même  à mettre à exécution des idées qui étaient restées jusque-là au stade des rêves ou des cauchemars. Ainsi le perfectionnement de la connaissance et de la compréhension du vivant suscitent des désirs que rien  ne paraît  pouvoir limiter.  Il  est  donc  urgent   et  indispensable que l’homme puisse  mieux  définir  qui il est, et déterminer les conditions de son propre respect. Faute d’une appréhension précise de sa dignité, il se laisse inexorablement fasciner par son pouvoir scientifique, dont il est tenté d’attendre la solution à tous ses problèmes, en oubliant  de voir ce qui risque de se retourner contre lui.

 

  • Un deuxième facteur de transformation est la fin d’une certaine homogénéité culturelle de nos sociétés. Bien avant que la réalité de la mondialisation soit appréhendée et commentée, nos pays d’Europe occidentale ont connu  – et connaissent encore – des vagues d’immigration diverses. Ainsi coexistent  aujourd’hui, à égalité de droits, des personnes ayant des origines ethniques et des références culturelles  et religieuses  les plus variées. Pour des citoyens de plus ou moins vieille souche,   ceci  peut   engendrer  un   sentiment d’instabilité très délicat à vivre. Pour beaucoup de nouveaux arrivés, cela se traduit  par le fait de se sentir mal accueillis et de ne pas pouvoir trouver une place dans une société qu’ils ne peuvent pourtant plus quitter.

 

  • Enfin,  dans  nos  sociétés,  chacun  revendique toujours plus ses droits sans beaucoup s’inquiéter de ses devoirs. Dans ce domaine,  nous assistons sans doute à un mouvement amorcé depuis longtemps. Les libertés individuelles ont contribué à augmenter le sens de la responsabilité  person- nelle. Mais l’individualisme finit par dissoudre  la vie sociale, dès lors que chacun juge toute chose en fonction de son intérêt  propre. Le bien commun de tous risque d’être confondu avec la somme des avantages particuliers.

 

Ces transformations interrogent la conception que l’on se fait de l’homme, de sa dignité et de sa vocation. Les gouvernants et les législateurs sont confrontés à des questions nouvelles.  L’éclatement  des références éthiques  fait reposer  un  poids  moral  toujours  plus lourd sur la formulation des lois. Puisqu’elles  jouent inévitablement un  rôle de référence  morale  dont  il convient  de tenir  compte,  le législateur  ne peut  se contenter d’enregistrer l’évolution des mœurs.

 

Dans ce contexte, notre devoir d’évêques est de rappeler la haute importance que l’Église, depuis ses origines, reconnaît à la fonction politique. Dans une démocratie représentative, le vote est la manière par laquelle chacun  peut  participer  à l’exercice du pouvoir.  Il est donc essentiel  d’y prendre part, de la manière la plus sérieuse  possible.  Un  vote ne peut  être simplement dicté par l’habitude,  par l’appartenance à une  classe sociale ou par la poursuite d’intérêts  particuliers. Il doit prendre en compte  les défis qui se présentent et viser ce qui pourra  rendre  notre pays plus agréable à vivre et plus humain pour tous.

 

Comme  chrétiens, nous  devons  être confiants  : les crises  qui traversent les sociétés  humaines peuvent être des occasions  de renouveau et des expériences qui réorientent l’avenir. Elles ne doivent  pas nous empêcher de viser toujours  et en toutes circonstances le respect  de la dignité  de toute personne humaine, l’attention  particulière  aux plus faibles, le développe- ment  des coopérations avec d’autres pays, et la recherche  de la justice et de la paix pour tous les peuples.

 

Cependant, nous ne pouvons pas attendre  du pouvoir politique plus qu’il ne peut donner. Élire un président de la République et choisir des représentants ne suffira pas à relever les défis qui se présentent à nous aujourd’hui. Les déséquilibres actuels,  avec leurs dimensions sociales, culturelles et économiques, nous font mesurer l’apport considérable de la production industrielle et de la société de consommation, mais aussi leurs  limites  et leurs  fragilités.  Le mode  de vie qui est le nôtre depuis  quelques  décennies ne pourra pas être celui de tous les pays du monde,  ni même se maintenir perpétuellement tel quel chez nous.

 

Depuis  longtemps, avec d’autres,  les papes  et les évêques appellent  chacun  à reconsidérer sa manière de vivre, à privilégier l’être plus que l’avoir, à chercher et promouvoir un  « développement intégral  » pour tous. Sous des termes  variés, c’est la même  invitation pressante à un changement de mode de vie. Chrétiens, à bien des égards,  nous  sommes mieux équipés  que beaucoup d’autres pour choisir ce changement plutôt que de le subir seulement.


À cette lettre, nous joignons un document qui détaille quelques   points   qui  nous   semblent  importants à prendre en compte en vue de ces élections. À chaque citoyen, à chacun  de vous donc, il revient d’examiner comment les programmes et les projets  des partis et des candidats  traitent  ces différents points,  et de déterminer si ces approches sont cohérentes ou non avec la société dans  laquelle  nous  voulons  vivre. À chacun  de vous il reviendra  aussi de hiérarchiser ces différents points  en vue du vote. D’autres,  bien sûr, peuvent y être ajoutés.

 

Dans un temps  d’hypermédiatisation, il convient d’être prudent devant la surenchère des informations qui seront diffusées, de ne pas se laisser entraîner par des calomnies  ou des médisances, de rechercher avec précaution, autant  que chacun  en est capable, ce qui est vrai et ce qui est juste.

 

En vous adressant ce message en amont de l’ouverture de la campagne électorale,  nous  croyons  répondre à l’attente de beaucoup. Prions pour que le désir du bien de tous domine  dans  nos choix et dans  ceux de nos concitoyens.

 

 

Paris, le 3 octobre 2011

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France :

 

 

Cardinal ANDRÉ VINGT-TROIS,

archevêque de Paris

président de la Conférence des évêques de France

 

Mgr HIPPOLYTE SIMON,

archevêque de Clermont

vice-président de la Conférence des évêques de France

 

Mgr LAURENT ULRICH,

archevêque de Lille

vice-président de la Conférence des évêques de France

 

Mgr JACQUES  BLAQUART,

évêque d’Orléans

Mgr JEAN-CLAUDE  BOULANGER, évêque de Bayeux et Lisieux Mgr JEAN-PIERRE GRALLET, archevêque de Strasbourg Mgr HUBERT HERBRETEAU, évêque d’Agen

Mgr JEAN-PAUL JAEGER,

évêque d’Arras Mgr JEAN-PAUL  JAMES, évêque de Nantes

 


Éléments de discernement

 

De sa contemplation du Christ, l’Église tire une vision cohérente de la personne en toutes ses dimensions, inséparables les unes  des autres.  Cette vision peut servir de guide et de mesure aux projets qu’une société doit se donner.

 

 

VIE NAISSANTE

 

Chaque personne est unique  aux yeux de Dieu. L’engagement  résolu  des chrétiens n’est pas dicté d’abord par une morale  mais par l’amour de la vie que ni la maladie  ni l’âge ne peut amoindrir. Il est impératif que les autorités publiques refusent l’instru- mentalisation de l’embryon. De même,  l’avortement ne peut en aucun  cas être présenté comme  une solution  pour les mères  en difficulté. Les chrétiens doivent veiller à ce que la société consacre de grands efforts pour l’accueil de la vie.

 

 

FAMILLE

 

En créant l’être humain, « homme et femme  », Dieu a suscité  une relation  de complémentarité à la fois biologique et sociale qui se retrouve dans toute la société. La différence  sexuelle de l’homme  et de la femme est fondatrice et structurante de tout le devenir humain. De plus, l’union de l’homme et de la femme scellée dans le mariage  est le moyen le plus simple et le plus efficace d’accompagner le renouvellement des générations et d’accueillir les enfants  pour les introduire en ce monde. La famille, fondée sur l’union durable  de l’homme  et de la femme,  doit être aidée économiquement et défendue socialement car, à travers les enfants qu’elle porte et qu’elle éduque, c’est l’avenir et la stabilité de la société qui sont en jeu.


ÉDUCATION

 

L’éducation   est   une   des   expressions  majeures du respect de la personne. Une éducation juste implique : la liberté et la responsabilité des parents, la transmission à tous des savoirs essentiels, l’attention spécifique à ceux qui rencontrent des difficultés scolaires, le respect de la liberté de conscience,  des enseignements  respectueux de la dignité  et de la beauté de la vie humaine.

 

 

JEUNESSE

 

L’intégration des jeunes  générations est un objectif incontournable pour toute société. Chez nous,  divers facteurs rendent cette intégration difficile. L’aide aux  familles  dans  leur  responsabilité  éducative, les conditions de la vie étudiante, l’entrée dans la vie professionnelle, la possibilité  de fonder une famille indépendante, etc. sont  autant  de domaines dans lesquels  le soutien  institutionnel et financier  de la collectivité ne doit pas être perçu comme  une faveur, mais comme un investissement nécessaire à la cohésion et à la paix sociales.

 

 

BANLIEUES ET CITÉS

 

Depuis quelques années, malgré des efforts répétés, certains  quartiers et certaines  cités deviennent des lieux de violence, de trafics. Plus généralement, certains  de leurs habitants s’y trouvent  enfermés, ne parvenant pas et parfois ne voulant plus prendre pied dans la société globale. Une politique purement répressive ne saurait suffire ni résoudre les problèmes de fond. Des efforts d’aménagement, notamment de renouvellement de l’habitat et des transports, sont nécessaires. Des initiatives doivent être prises pour aider les habitants à comprendre la société où ils se trouvent  et à s’en considérer comme  partie prenante. Un certain nombre d’associations  jouent un rôle important qui doit être soutenu et encouragé.

 

 

ENVIRONNEMENT

 

La terre est un don d’amour fait par le Créateur  pour que l’homme  soit le gérant  de ce bien  donné.  En l’invitant à dominer la terre, Dieu ne l’a pas invité à l’épuiser ou à la détruire. C’est pourquoi l’Église invite la société à promouvoir des modes de vie respectueux de l’environnement et à intégrer  cette préoccupation dans  le développement économique et social. Les prouesses techniques dont la société est capable sont à encourager si elles sont respectueuses de l’« écologie humaine » (Benoît XVI).

 

 

ÉCONOMIE  ET JUSTICE

 

Le travail  demeure  une  nécessité   fondamentale pour la structuration de la personne. C’est pourquoi l’objectif de toute politique économique doit être d’offrir à tous ceux qui se présentent, et en particulier aux jeunes,  une perspective de travail et une véritable préparation à l’emploi. Une politique économique qui se résoudrait au maintien dans la dépendance vis-à-vis de l’État serait contraire  à cet impératif. Les autorités publiques doivent créer les conditions d’une  plus grande  justice  dans  la vie économique en veillant à l’équité des salaires, des prix et des échanges. L’équilibre de la société exige la correction  des écarts disproportionnés de richesse.

 

Mais la société ne se limite pas aux échanges économiques. La gratuité qui est à l’œuvre dans la vie associative et culturelle est une des conditions de sa vita- lité. L’État doit encourager et faciliter les citoyens à s’en- gager financièrement et personnellement dans des associations de tous ordres qui renforcent le tissu social.

 

 

COOPÉRATION  INTERNATIONALE ET IMMIGRATION

 

Le bien commun implique la paix entre personnes et entre nations.  Il proscrit l’usage de la force entre les États, sauf dans les situations extrêmes où toute autre solution  est impossible. Il appelle un  partage  des richesses  et le développement des actions de coopéra- tion. Il passe par des institutions internationales dont le fonctionnement et les actions servent efficacement la dignité des personnes et des peuples.

L’Église reconnaît à tout homme le droit d’émigrer pour améliorer sa situation, même  s’il est regrettable que tous ne puissent pas survivre dans leurs pays. Mais dans  un monde  aussi  organisé  que le nôtre, une régulation des migrations est nécessaire. Elle ne peut pas se réduire  à une fermeture protectrice  des frontières. Elle doit permettre d’accueillir au mieux ceux qui se présentent, avec respect et sérieux, et en leur offrant une vraie possibilité d’intégration.

 

 

HANDICAP

 

Nos sociétés modernes s’honorent  d’un renouvelle- ment du regard sur les personnes handicapées.  Elles savent leur permettre de trouver leur place dans la vie sociale. Les chrétiens  y reconnaissent volontiers un écho de l’attitude du Christ rencontrant et réconfortant des personnes malades  ou atteintes  de handicap (Marc 1, 40  ; Luc 5, 17…). Ce souci doit donc être encouragé. Mais le dépistage  prénatal  systématique qui risque de déboucher sur l’élimination des personnes porteuses de certains  handicaps remet en cause en son fondement même  la solidarité envers le plus faible qui doit animer la société.

 

 

FIN  DE VIE

 

Toute  personne, quel  que  soit  son  âge,  son  état de fatigue, son handicap  ou sa maladie,  n’en garde pas moins  sa dignité. Pour cette raison, « l’euthanasie est une fausse solution  au drame  de la souffrance, une solution indigne de l’homme » (Benoît XVI) car elle vise, sous prétexte de compassion, à abandonner les personnes au moment où elles ont le plus  besoin d’aide et d’accompagnement. L’arrivée de générations importantes dans le grand  âge doit inviter la société à  une  plus  grande  solidarité.  Le développement des soins palliatifs, fruit d’un progrès éthique et scientifique, doit être poursuivi pour que tous ceux qui en ont besoin puissent en bénéficier.

 

 

PATRIMOINE ET CULTURE

 

Notre pays hérite de l’effort culturel des générations pré- cédentes. La culture ne coïncide pas avec la production culturelle ou même avec la réception de ses produits. Elle permet à chaque personne d’inscrire sa destinée dans la communauté humaine avec celle des autres devant les horizons de la plus grande espérance. Il est souhaitable que les pouvoirs publics assemblent les conditions pour que les jeunes générations  profitent de ce que nous lègue le passé pour se projeter dans l’avenir.

 

EUROPE

 

Le projet  européen peut  être compris  de bien des manières. En son origine, il représente un magnifique effort pour assumer l’histoire d’un continent en termes  de pardon  et de promesse. Dans le monde globalisé où nous vivons, bien des réalités ne peuvent être traitées  qu’à cette échelle. Mais la construction européenne appelle des États capables de proposer  et de défendre  un projet clair, en vue de créer un espace de liberté et de créativité.

 

L’Union européenne est devenue le cadre institutionnel de beaucoup des activités humaines en notre pays. Mais elle agit trop souvent comme une instance admi- nistrative et même bureaucratique. Le marché unique est un beau projet dans la mesure où il est sous-tendu par une vision spirituelle  de l’homme.  Les chrétiens désirent que  l’Europe,  loin  de  réduire   l’homme à n’être qu’un consommateur sans cesse insatisfait et soucieux de ses droits, permette à ses habitants d’agir de façon responsable, avec les ressources spiri- tuelles, morales,  économiques et politiques  qui sont les leurs, pour le bien de l’ensemble du monde.

 

 

LAÏCITÉ  ET VIE EN SOCIÉTÉ

 

Dans notre pays, la relation entre l’Église catholique et l’État a été marquée par une  histoire  difficile et souvent conflictuelle. Cette relation est aujourd’hui largement apaisée et c’est une bonne chose pour l’équilibre de notre société. Nous vivons dans un régime  de séparation – depuis  la loi de 1905 – et la  laïcité  est  un   principe   constitutionnel  de  la République française.  À plusieurs reprises  et notam- ment  lors du centenaire de la loi de 1905 [1], l’Église a affirmé  accepter  le cadre  dans  lequel  nous  nous situons. Séparation  ne signifie pas ignorance réci- proque  ; nombreux sont les lieux et les occasions de rencontre, de dialogue, tant au plan local que national. Si l’État ne reconnaît ni ne subventionne aucun  culte (art. 2 de la loi de 1905), il se doit d’assurer  la liberté de conscience  et de garantir  le libre  exercice des cultes (art. 1). C’est dans le sens de la liberté que la jurisprudence a de façon constante interprété la loi. Récemment le débat  sur  la laïcité est revenu  sur le devant de la scène, en raison  de la présence  plus nombreuse de citoyens de religion musulmane et des questions posées par certaines pratiques minoritaires. Ces débats ne doivent pas stigmatiser les religions dans notre pays au risque d’aboutir à la laïcité la plus fermée,  c’est-à-dire celle du refus de toute expression religieuse  publique.  Certaines pratiques administra- tives ont montré que ce risque n’est pas illusoire.

 

 

 

De même,  certaines  réactions excessives, dans des débats récents, ont montré  que l’intolérance à l’égard de l’Église catholique  (et des religions  en général) ne constituait  pas uniquement des vestiges du passé. Les catholiques  n’entendent pas être des citoyens interdits  de parole  dans  la société  démocratique. En exprimant ce qu’ils pensent,  ils ne vont pas à l’encontre de l’intelligence et de la liberté de jugement de ceux qui ne partagent  pas leur foi. Ils souhaitent une application apaisée  et ouverte des lois et des règlements qui définissent le pacte laïc de notre com- mune République.

 

[1]  Jean-Paul II, Lettre aux évêques de France, février 2005. Déclaration des évêques de France. Assemblée plénière, juin 2005.

 



POUR ALLER PLUS LOIN


Les questions sociales, économiques et éthiques sont de plus en plus en plus complexes. Les experts ont une  parole qui peut  aider à la réflexion des citoyens mais ne peut pas s’y substituer.

 

L’éducation de la conscience, par le dialogue raisonné de la foi, est donc un impératif pour tout croyant s’il ne veut pas en rester à quelques  formules toutes faites. Il est invité par l’Église à découvrir la richesse  de son enseignement, jalonné  par les encycliques  des papes et récapitulé dans le Catéchisme  de l’Église catholique, qui concerne  l’homme tout entier.

 

«Beaucoup de comportements cyniques ou simplement irréfléchis ont conduit à la perte du sens d’une destinée commune, à commencer par l’affirmation selon laquelle chacun n’a de comptes à rendre qu’à lui-même en oubliant que les droits n’ont de sens qu’en lien avec des responsabilités […] lorsque le sens de l’existence ne passe plus par le lien à autrui, la perception même de l’intérêt général est brouillée. Les propositions politiques de long terme sont dévalorisées. Les attentes des citoyens s’en trouvent faussées. Il n’y a plus de hiérarchie des priorités et chacun réclame l’intervention de l’État pour ses problèmes particuliers » [2].


Si « l’Église ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible […], elle ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice. Elle doit s’insérer en elle par la voie de l’argumentation rationnelle et elle doit réveiller les forces spirituelles, sans lesquelles la justice, qui requiert aussi des renoncements, ne peut s’affirmer ni se développer » [3].

 

Le véritable développement humain suppose « des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun. La compétence professionnelle et la cohérence morale sont nécessaires l’une et l’autre ! » [4]

 

« La crise couvait depuis longtemps. Elle s’est manifestée d’abord dans le domaine écologique. Puis les crises alimentaire, financière, économique, monétaire etsociale se sont succédées rapidement, révélant une crise bien plus profonde, une crise spirituelle, une crise de sens. Cette crise du sens profond de l’existence a été masquée par une confiance excessive dans l’économie libérale. Il est clair aujourd’hui que l’économie seule ne peut fournir les réponses adéquates à tous les problèmes de société » [5].

 

« On voudrait être convaincu que les dérives financières de 2008 n’ont pas été oubliées et que les événements qui les ont provoquées n’ont pas repris leurs cours. Les contrôles réels des flux financiers, au niveau national et international, peinent à se mettre en place. L’illusion d’une grande distribution des fonds publics continue de masquer les failles structurelles de notre pays et contribue à prolonger le rêve d’une société de consommation sans rapport réel avec les moyens disponibles, ni dans les foyers ni dans la société.
L’appel que nous lançons régulièrement à promouvoir de nouveaux modes de vie n’est pas une incantation moralisante. C’est plutôt l’avertissement que la raison humaine doit lancer devant les excès de notre système » [6].

 

Une redéfinition du bien commun est sans doute nécessaire. « Il appartient à chacun d’intégrer que ses envies personnelles ne peuvent être l’unique ressort de son agir et de son jugement. Il est fort possible que la prise en compte du bien commun demande des sacrifices à chacun » [7].


« Aucun pays ne peut penser être en mesure de faire face seul aux problèmes migratoires de notre temps. Nous sommes tous témoins du poids de souffrances, de malaises, et d’aspirations qui accompagnent les flux migratoires. […] les travailleurs étrangers, malgré les difficultés liées à leur intégration apportent par leur travail une contribution appréciable au développement économique du pays qui les accueille, mais aussi à leur pays d’origine par leur envoi d’argent. Il est évident que ces travailleurs ne doivent pas être considérés comme une marchandise ou simplement comme une force de travail […]. Tout migrant est une personne humaine qui, en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toute circonstance » [8].

 

[2]  CONFÉRENCE DES ÉVÊQUES DE FRANCE, CONSEIL FAMILLE ET SOCIÉTÉ, Grandir dans la crise, coéd. Bayard/Cerf/ Fleurus-Mame, coll. Documents d’Église, mars 2011, page 18-19.

[3]  BENOÎT XVI, Deus caritas est, n° 28, 2006.

[4]  BENOÎT XVI, Caritas in veritate, n° 71, 2009.

[5]  IBID., Grandir dans la crise, page 29.

[6]  Cal ANDRÉ VINGT-TROIS, Discours d’ouverture, Assemblée plénière, Lourdes 2011. 

[7]  IBID., Grandir dans la crise, page 47.

[8]  BENOÎT XVI, Caritas in veritate, n° 62, 2009.

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

  • Vatican II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde  de ce temps, Gaudium et spes, décembre 1965.
  • Catéchisme  de l’Église catholique, coéd. Centurion/Cerf/Fleurus-Mame, paragraphes 2196 à 2463, 1998.
  • Conseil pontifical  Justice et Paix, Compendium  de la doctrine  sociale de l’Église, coéd. Bayard/Cerf/Fleurus-Mame, décembre 2005.
  • BENOÎT XVI, L’Amour dans la vérité,
  • CONFÉRENCE  DES  ÉVÊQUES  DE  FRANCE, Conseil  Famille  et Société, Grandir dans la crise, coéd. Bayard/Cerf/Fleurus-Mame, coll. Documents d’Église, mars 2011.

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