« Face à la volatilité des prix, les vieilles recettes ne permettront pas de lutter contre la faim»

Publié le par Etienne Lozay

27 avril 2012

 
Réaction au rapport "Prix alimentaires, nutrition et Objectifs du Millénaire" de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international


Alors que les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), et en particulier l’OMD 1 visant à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici 2015, sont loin d’être atteints, un rapport conjoint de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) présenté le 24 avril à Paris souligne à juste titre que la volatilité des prix sur les marchés de matières premières agricoles constitue une menace supplémentaire à leur réalisation. Le CCFD-Terre Solidaire partage cette analyse : les factures alimentaires des plus pauvres sont de plus en plus élevées pour les pays importateurs. La spéculation provoque une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs dans des zones où déjà 70% du budget des ménages est consacré à l’alimentation. Cette crainte est confirmée par la publication hier du Food Price Watch d’avril qui montre que les cours  alimentaires mondiaux ont gagné 8 % entre décembre 2011 et mars 2012. Le pic historique de février 2011 est en passe d’être à nouveau atteint, attestant que les tensions sur les marchés de matières premières agricoles sont loin de s’apaiser. Plus de détails :


http://siteresources.worldbank.org/EXTPOVERTY/Resources/336991-1311966520397/Food-Price-
Watch-April-2012.htm


« Il est regrettable que les pistes d’action préconisées ne modifient pas les orientations politiques et stratégiques de la Banque mondiale et du FMI, continuant à mettre en avant les « vieilles recettes », y compris une libéralisation accrue des échanges commerciaux », indique Maureen Jorand, chargée du plaidoyer pour la souveraineté alimentaire au CCFD-Terre Solidaire. Par ailleurs, le CCFD-Terre Solidaire déplore que ce rapport néglige l’urgence d’allouer des ressources budgétaires suffisantes aux politiques de développement agricole dans les pays en développement. Avant même d’orienter les pays en précarité alimentaire vers les marchés internationaux et les échanges commerciaux, il est déterminant d’en assurer le développement rural via des modèles agricoles mettant au centre les petits producteurs et les pratiques agro écologiques.


Rappel des faits


L’édition 2012 du Rapport de suivi mondial des Objectifs du Millénaire pour le développement dont le focus thématique porte cette année sur les prix alimentaires et la nutrition fait part de certains progrès notamment concernant la réduction de l’extrême pauvreté ou l’accès à l’eau potable. Mais il souligne de fortes inégalités dans les progrès effectués. Aujourd’hui plusieurs pays sont très en retard notamment en Afrique Sub-saharienne, qui a connu deux crises alimentaires majeures en l’espace d’une année. Dans ce rapport, les institutions financières internationales ne tirent aucun véritable bilan de la crise alimentaire de 2008, notamment des réactions de la communauté internationale. Elles oublient d’évoquer les leviers qui pourraient atténuer la volatilité des prix alimentaires…. alors même qu’elles ont déjà travaillé sur le sujet notamment lors du G20 sous présidence française ! Or des propositions sont déjà sur la table, portées par de nombreuses organisations de la société civile : mise en place de stocks de régulation pour lisser les prix en cas de fortes variations, transparence des informations sur la production pour l’ensemble des acteurs (Etat et secteur privé) afin de mettre fin au contexte d’incertitude favorisant la spéculation, abandon des politiques sur les agro carburants…. Autant de recommandations portées par le Pacte pour une Terre solidaire (http://ccfdterresolidaire.org/pacteterresolidaire/Luttons-contre-la-speculation-sur) qui ont été adressées aux candidats à l’élection présidentielle, afin que la France pousse ces propositions au niveau international.

Publié dans Elections 2012

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