L’enquête sur les biens mal acquis s’accélère

Publié le par Etienne Lozay

Justice . Seize berlines de luxe du fils du président de la Guinée-Equatoriale ont été saisies mercredi à Paris.


Par THOMAS HOFNUNG (Libération 1/10/11)

Les autorités de la Guinée-Equatoriale ne décolèrent pas, accusant la France d’avoir violé sa «souveraineté nationale» et la menaçant de représailles. Mercredi, à 8 h 30, cinq policiers en civil, rejoints rapidement par une quinzaine de leurs collègues en tenue, ont débarqué au numéro 42 de la prestigieuse avenue Foch, à Paris (XVIe). C’est ici, dans une propriété de 6 000 m2 qui défie l’imagination, que réside le fils de Teodoro Obiang Nguema, le président équato-guinéen, quand il séjourne en France.

Ce jour-là, les policiers ne viennent pas visiter les lieux, mais saisir le parc automobile, non moins impressionnant, du fils Obiang. Toute la journée, ils vont photographier, noter les numéros de châssis, fouiller les véhicules de fond en comble. Cela a pris du temps : ils ont saisi 11 véhicules avenue Foch et 5 autres avenue Victor-Hugo, à deux pas de là. Et quels véhicules ! Bugatti Veyron, Porsche Carrera, Mercedes Maybach, Aston Martin, Maserati, Ferrari… La saisie a eu lieu dans le cadre de l’enquête des juges Roger Le Loire et René Grouman sur les biens mal acquis visant trois chefs d’Etat soupçonnés d’avoir détourné des fonds publics : feu Omar Bongo (Gabon), Denis Sassou-Nguesso (Congo) et Teodoro Obiang Nguema.

Malgré les pressions de tous bords, la plainte déposée en 2008 par la section française de l’ONG Transparency International a été jugée recevable, en novembre 2010, par la Cour de cassation, et l’enquête prospère. La saisie des 16 berlines de luxe du fils Obiang en est l’illustration la plus spectaculaire à ce jour. «Le personnel sur place n’en revenait pas, indique une source proche de l’enquête. Le fils du Président se croyait intouchable, il ne faisait rien pour dissimuler ses voitures.»

Vendredi, les autorités de Malabo ont qualifié la saisie de «manœuvre», soupçonnant Paris de vouloir saboter l’adoption par l’Unesco d’un prix Obiang-Nguema. Après les protestations d’ONG et de personnalités internationales, tel l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, une précédente tentative avait échoué il y a quelques mois. Devenue en quelques années le quatrième producteur de pétrole du continent, la Guinée-Equatoriale végète dans les profondeurs du classement de l’ONU en terme de développement.

Le gouvernement de Malabo fait des efforts désespérés pour améliorer son image, n’hésitant pas à traîner devant les tribunaux ceux qui le critiquent trop vertement. A ses dépens : vendredi, deux membres du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), poursuivis pour diffamation par Obiang, ont été relaxés par le tribunal correctionnel de Paris. Les prévenus, Jean Merkaert et Antoine Dulin, avaient rédigé en 2007 un rapport sur les biens mal acquis, à l’origine de la plainte.

Publié dans Actualités

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article