Le CCFD met la lutte contre l'évasion fiscale au coeur de la campagne

Publié le par Etienne Lozay

Présidentielle

Le CCFD met la lutte contre l'évasion fiscale au coeur de la campagne

Le CCFD-Terre Solidaire, première ONG française de développement, a présenté le 2 février ses propositions aux candidats aux élections présidentielles et législatives, regroupées dans un Pacte pour une Terre solidaire. Au centre de ses préoccupations : la lutte contre la fraude fiscale, la spéculation sur les marchés agricoles et les droits des migrants.

Bernard Pinaud, délégué général de la CCFD  © Joel Saget / AFP

Bernard Pinaud, délégué général de la CCFD  © Joel Saget / AFP

Première ONG française de développement et mouvement de l'Eglise catholique créé par les évêques, le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement) s'engage dans la campagne présidentielle de 2012. Lors d'une conférence de presse, le 2 février, Bernard Pinaud, délégué général, a affirmé : « En cette année électorale, nous avons un objectif clair : que les candidats s’engagent sur nos 16 propositions, qui concernent l’évasion fiscale, la régulation des multinationales, la spéculation sur les marchés agricoles et les droits des migrants. Il est également essentiel pour nous de redonner la parole aux citoyens ». Ces propositions représentent des enjeux importants tant pour les pays du Sud que pour la France et le reste de l'Europe.
 
L’une des mesures phares du Pacte pour une Terre solidaire concerne la lutte contre les paradis fiscaux. Pour le CCFD-Terre Solidaire le futur Président devra imposer la transparence financière aux entreprises multinationales. Et l’Etat devra être exemplaire en imposant des règles de transparence à toutes les entreprises bénéficiant de marchés publics. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Chaque année, la fraude fiscale coûte à l'Etat français quelque 50 milliards d'euros, dont 20 milliards de fraude internationale, notamment celle pratiquée par les multinationales via les paradis fiscaux. L'évasion fiscale a également un impact majeur dans les pays du Sud, où la fuite illicite des capitaux représente plus de 10 fois l'aide publique au développement, soit 800 milliards détournés vers les paradis fiscaux.
 
Mathilde Dupré, experte du CCFD-Terre Solidaire sur ces questions, a analysé les programmes des candidats : « François Hollande a pointé du doigt un vrai problème, celui de la présence des banques dans les paradis fiscaux, sauf qu’aujourd’hui s’il ne précise pas de quels paradis fiscaux on parle, on n’arrivera à rien. La proposition de François Bayrou du Modem, qui vise à dupliquer une loi américaine obligeant les banques à dévoiler leurs liens avec les contribuables américains partout dans le monde, reprend également l’une de nos recommandations. Europe Ecologie les Verts (EELV), avec Eva Joly, défend cette même proposition. Tandis que dans le programme de l’UMP, l’accent est toujours mis sur la seule lutte contre la fraude fiscale en France et la continuité de la politique gouvernementale actuelle, sans sortir de l’impasse de la liste française des paradis fiscaux qui est presque vide. A ce jour, les mesures mises en œuvre par la France ont permis de récupérer moins de 3% des recettes perdues ».

Intervenant depuis Nairobi, Sandra Kidwingira de Tax Justice Network Africa, organisation alliée du CCFD-Terre Solidaire, a rappelé que la France et l’Europe, si elles veulent réellement aider les pays pauvres, doivent faire le ménage en sanctionnant les paradis fiscaux, et d’abord ceux présents sur le territoire européen. « Aujourd’hui, l’évasion fiscale est bien plus importante que l’aide au développement. Au Nord comme au Sud, tout cela a un impact terrible pour les politiques d’éducation et de santé », a précisé Sandra Kidwingira.

« Nous demandons aux candidats de se positionner sur nos demandes. Leurs prises de position seront rendues publiques », a complété Bernard Pinaud, précisant que le CCFD-Terre Solidaire était déjà en campagne depuis plus d’un an : « Nous avons envoyé nos propositions aux candidats, rencontré leurs équipes. Et notre Réseau de 15 000 bénévoles est mobilisé pour interpeller les candidats et organiser une centaine de débats et rencontres. Face au fatalisme ambiant nous voulons affirmer le pouvoir des citoyens. Et montrer aux candidats que la solidarité internationale est l’une des solutions aux crises actuelles.»

Publié dans Plaidoyer

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