Le Monde : Samedi 6/04

Publié le par Etienne Lozay

 

Si le secteur bancaire a déployé d’énormes efforts ces dernières années pour mettre en place des procédures strictes en matière de
lutte contre le blanchiment d’argent issu d’activités criminelles, son action en matière de lutte contre l’évasion et la fraude est
jugée insuffisante. Undirigeantdebanque,quireste anonyme,récuse la critique: «Il n’yaplus de liste noire des paradis fiscaux qui soit établie par l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]. Tous ont signé des conventions fiscales. Pourquoi devrions-nous nous interdire de travailler dans des territoires qui ne sont pas fichés?», interroge-t-il. Et de poursuivre : «On applique les règles pour autant qu’elles existent. Que les politiques aient le courage de sanctionner les pays qu’ils jugent opaques, et nous nous adapterons. Arrêtons de demander au secteur marchand de faire le travail du gouvernement. Ce n’est pas aux banques de faire la police. Nous ne sommes ni la gendarmerie ni l’armée. Encore moins des juges d’instruction.
»
Pour Daniel Lebègue, ancien directeurduTrésor et présidentde l’ONG anticorruption Transparency International en France, «l’un
des grands enjeux est de créer un registre national des trusts et autres sociétés offshore opaques, fiducies,fondations,afindeconnaître, partout dans le monde, le nom des administrateurs, des gestionnaires et desbénéficiaire séconomiques réels de ces entités».«Latransparence constitue l’un des fondements de l’économie de marché. Elle ne se négocie pas, poursuit cet observateur avisé des pratiques bancaires.JemefélicitequelaFrance, et dans son sillage l’Europe, ait décidé d’imposer aux banques un reporting pays par pays, et pour le monde entier, de leurs activités, incluant le chiffre d’affaires et les profits qu’elles y réalisent et les impôts qu’elles y paient», en allusion à la loi bancaire actuellement en cours d’examen au Parlement. En 2009, en préface d’un livre de Philippe Quême paru en 2011 (Monnaie bien public ou «banquecasino »?, L’Harmattan),l’ex-directeur du Trésor avait écrit : «On attend des banques qu’elles se comportent en acteurs socialement responsables, attentifs aux impacts de leur activité(…) Il estdelaresponsabilité conjointe des gouvernements etdes professionnels de faire en sorte que la mondialisation des
échanges ne s’accompagne pas d’un développement exponentiel de la fraude et de la délinquance financière: blanchiment, corruption,
paradis fiscaux.»
Cette analyse est partagée par l’ONG CCFD-Terre solidaire : «On sait à quel point les banques du monde entier jouent finement avec ce qu’elles ont le droit de faire ou pas, constate Mathilde Dupré. Il faut plus de transparence.Les paradis fiscaux existent et nuisent aux Etats, en particulier aux pays en voie de développement… Ils ont besoin de collecter ces impôts quileur échappent.»


Anne Michel

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