Le mouvement des Indignés s’étend dans le monde

Publié le par Etienne Lozay

 

 

 

Samedi 15 octobre, de Bruxelles à New York, des mouvements venus de tous les horizons manifesteront leur « indignation » dans les rues de plus de 700 villes, dans 71 pays du monde.

À Los Angeles, le 6 octobre, lors d’une manifestation contre Wall Street.

(DAVID MCNEW/AFP)

À Los Angeles, le 6 octobre, lors d’une manifestation contre Wall Street.

« United for global change » (Unis pour un changement mondial) appelle, via les réseaux sociaux et le site 15october.net à protester contre les injustices sociales, les inégalités, le chômage, les désordres de la finance internationale, le manque de projets porteurs en politique…

Inspirés par les révoltes du « printemps arabe », ces mouvements surprennent dans les pays démocratiques, et débordent les forces politiques traditionnelles. Leurs revendications sont immenses, mais bien peu concrètes. Quand un chef émerge du groupe et canalise ces revendications devant les médias, comme au Chili, lors des manifestations étudiantes, ils semblent perdre de leur force.

Mais ces mouvements, qui se réclament d’un thème (re)lancé par Stéphane Hessel, 93 ans, ne désarment pas, et les jeunes qui les animent ont au moins une chose en commun, l’exigence d’un avenir.

En Espagne, les pionniers

Les « indignés » d’Espagne sont nés lors des grandes manifestations du 15 mai 2011 organisées dans 50 villes espagnoles par le mouvement « Démocratie réelle maintenant » pour réclamer une vraie démocratie.

Près de 200 jeunes campent alors sur la Puerta del Sol, à Madrid, en plein centre-ville. En quelques jours, le mouvement s’amplifie pour devenir une véritable agora. Leurs revendications sont multiples et touchent à l’économie, au social, au politique. De manière générale, ils veulent remettre l’humain au centre de l’économie, qui doit cesser de prendre le dessus sur la politique. Parmi eux, des jeunes très qualifiés, des gens déjà âgés au chômage, des professeurs… représentant plutôt la gauche, avec toutes ses nuances, des anarchistes au centre gauche.

Leur mouvement, plus discret depuis août, continue avec des assemblées de quartiers souvent hebdomadaires. Petit à petit, ils tentent de tisser un lien social et refusent toute accointance avec les syndicats.

En Grèce, les « décidés »

Le 25 mai dernier, de jeunes Grecs déploient une banderole, flanquée des drapeaux grecs, espagnols et argentins, place Syntagma : « Nous, on s’est réveillés, et vous ? »  lancent-ils à leurs compatriotes.

Protestant « contre l’austérité et la corruption »,  ils réunissent tous les mouvements de contestation : « Je ne paie pas »,  le mouvement des « 300 Grecs », « L’étincelle » de Mikis Theodorakis, le mouvement de « contrôle de la dette », les facultés en grève, les Beaux-Arts, etc. Des personnalités comme Manolis Glezos ou des économistes sont venus discuter avec le mouvement qui s’est rebaptisé les « décidés ».

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, la police a évacué la place non sans avoir au préalable interrompu les réseaux internet pendant plusieurs heures pour éviter des manifestations. Le mouvement existe toujours, mais il est à la recherche d’un second souffle.

Au Portugal, contre l’autoritarisme

Vendredi 14 octobre, à 15 heures, des manifestations, organisées par une plate-forme, qui regroupe 30 organisations, sont prévues dans six villes du Portugal. Une « assemblée populaire » doit recueillir les opinions et présenter des solutions.

Le mouvement a commencé le 12 mars dernier, avec une énorme manifestation, lancée via le réseau social Facebook, qui a rassemblé 300 000 personnes à Lisbonne et Porto, dans la mouvance du « printemps arabe ».

Le collectif « 15 octobre » « revendique globalement une démocratie participative, économique et qui réponde aux attentes de la population alors que cette démocratie, avec la crise, en est venue à être soumise un autoritarisme croissant » . La protestation se veut a-partisane, laïque et pacifique.

En Allemagne, des mouvements citoyens

 Empört euch !  (Indignez-vous ! ),  le livre de Stéphane Hessel a été un best-seller en Allemagne. Mais la tentative d’« aCAMPada Berlin » (NDLR : en espagnol dans le texte)  à la fin du mois d’août, de reproduire sur l’Alexanderplatz à Berlin le mouvement des jeunes Espagnols est resté marginal, vite évacué, sans aucun soutien notable dans la population.

 « À la différence de l’Espagne ou d’Israël, il manque en Allemagne les masses qui descendant dans la rue »,  explique Florian, l’un des protestataires. Les « indignés » appellent à manifester à nouveau samedi 15 octobre dans plusieurs villes allemandes dont Berlin et Francfort. Les organisations syndicales n’en seront pas, et les cortèges risquent de rester symboliques.

En revanche, les mouvements citoyens allemands ont montré leur force ces derniers mois dans les manifestations contre le nucléaire, ou contre la construction de la gare souterraine de Stuttgart. Mais ils ont leurs propres traditions, sont très organisés et se mobilisent sur des problèmes concrets. « Pense globalement, agis localement » , telle est la logique en Allemagne.

En Italie, contre Berlusconi

En Italie, la naissance des « indignati »  remonte au 14 décembre 2010, jour où Silvio Berlusconi remporta un vote de confiance grâce à l’achat de parlementaires.

Depuis, une cinquantaine de mouvements et d’associations regroupant altermondialistes, lycéens, étudiants, chercheurs, artistes, ouvriers ou encore militants écologistes, soutenus par des partis et syndicats de gauche, organisent régulièrement des manifestations. Avant tout pour demander la démission du gouvernement Berlusconi.

Ils lui reprochent, entre autres, l’absence de réformes pour l’emploi (28 % des 15-24 ans sont chômeurs, et seulement 30 % de la population âgée de 55 à 65 ans a un emploi), et la relance de l’économie. Ils protestent aussi contre les coupes drastiques dans l’éducation, la recherche et la culture. Peu coordonnés, les mouvements ont en commun le désir de « redonner au savoir sa place centrale dans la construction d’une autre Europe, de voir naître de nouveaux modèles de démocratie et de développement économique durable » .

 « Sauvez les écoles, pas les banques ! »,  « Nous, la dette, nous ne la paierons pas, nous ne l’avons pas créée » , sont leurs grands mots d’ordre. Samedi 14 octobre, un million de manifestants sont attendus à Rome, selon le comité Occupy Rome, qui annonce qu’ensuite une mobilisation permanente sera entamée dans la Ville éternelle.

Au Royaume-Uni, une manifestation après les émeutes

Les Britanniques vont-ils s’indigner ? Jusqu’à présent, malgré une économie qui tourne au ralenti et un plan d’austérité très rigoureux, presque aucun mouvement de protestation n’avait vu le jour au Royaume-Uni. Certes, une colère sous-jacente existe, comme l’ont montré les manifestations étudiantes de l’hiver 2010, et surtout les émeutes de cet été. Un mouvement pourrait voir le jour.

Un collectif a appelé à occuper la City samedi 15 octobre, le cœur financier de Londres. Un campement est prévu et 3 500 personnes sont inscrites sur sa page Facebook. Le début d’une mobilisation, avant la grande grève des syndicats prévue le 30 novembre ?

Aux États-Unis, « Occupons Wall Street »

Le mouvement « Occupy Wall Street » s’est installé dans le quartier des affaires de New York le 17 septembre dernier. L’occupation a été progressive : environ 200 convaincus campent toutes les nuits près de la Bourse de New York, au Zuccotti Park, rebaptisé « Liberty Square ». Les militants sont plus nombreux en journée et lors des manifestations. Le week-end dernier, entre 10 000 et 15 000 personnes, dont des membres de syndicats, ont participé à une marche à New York, imitée dans environ 100 villes à travers le pays.

 « Nous sommes les 99 % »  est leur slogan, c’est-à-dire la proportion de la population qui subit la crise financière et s’appauvrit en conséquence. Par opposition, le 1 % restant représente les PDG des grandes banques et les responsables politiques qui les soutiennent. Ces « indignés » américains s’attaquent à ce qu’ils considèrent comme les dérives et les conséquences du « système »  : abus de Wall Street, influence des lobbys et de l’argent dans le processus démocratique, inégalités sociales grandissantes, taux de chômage élevé, destruction de l’environnement…

Occupy Wall Street a été critiqué par certains pour son manque de structure et son message désordonné. Pour d’autres, son esprit large mais rassembleur fait sa force. S’appuyant principalement sur les réseaux sociaux, le mouvement a promis qu’il transmettrait prochainement sa liste de « doléances »  sur Internet.

NATHALIE LACUBE et Valérie Demon (à Madrid), Thomas Jacobi (à Athènes), Marie-Line Darcy (à Lisbonne), Michel Verrier (à Berlin), Anne Le Nir (à Rome), Sébastien Martin (à Londres), Stéphanie Fontenoy (à New York) 

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