Le pape François poursuit son dialogue avec un non-croyant

Publié le par Etienne Lozay

 

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Le quotidien italien « La Repubblica » a publié mardi 1er octobre un long entretien de son fondateur, Eugenio Scalfari, avec le pape argentin

Le pape François, mercredi 25 septembre sur la place Saint-Pierre, au Vatican.

Andrew Medichini / AP

« Je me sens à l’aise en écoutant vos questions et en cherchant avec vous les chemins le long desquels nous pouvons, peut-être, commencer à faire un bout de route ensemble », avait écrit le pape François dans une lettre à Eugenio Scalfari, fondateur de  La Repubblica , publiée le 11 septembre dernier dans les colonnes du quotidien italien de gauche, en réponse aux éditoriaux de cet intellectuel athée.

Le pape a poursuivi ce « bout de route » en recevant mardi 24 septembre Eugenio Scalfari dans sa résidence de Sainte-Marthe au Vatican pour un long entretien publié mardi 1er octobre en Une de  La Repubblica .

« Ouvrir à la culture moderne »

Ce faisant, le pape jésuite se défend de tout prosélytisme, qu’il définit comme « une bêtise magistrale » : l’essentiel est de « se connaître et de s’écouter, et de faire connaître le monde qui nous entoure ».

Plus largement, le pape rappelle la nécessité de dialoguer avec les non-croyants. Le concile Vatican II « avait décidé de regarder l’avenir avec un esprit moderne. Les pères conciliaires savaient qu’ouvrir à la culture moderne signifiait œcuménisme religieux et dialogue avec les non croyants ».

« Depuis lors, bien peu a été accompli dans cette direction. J’ai l’humilité et l’ambition de vouloir le faire », indique-t-il.

Danger du « cléricalisme »

Dans cet entretien, retranscrit tel un dialogue à bâtons rompus entre Eugenio Scalfari et le pape, ce dernier dénonce le danger du « cléricalisme ». « Quand j’ai face à moi quelqu’un de clérical, je deviens automatiquement anticlérical. Le cléricalisme ne devrait avoir rien à faire avec le christianisme », affirme-t-il, reprenant des propos tenus dans son livre-entretien publié en 2010 en Argentine, Je crois en l’homme (Flamarrion)  : « Il est fréquent que les curés cléricalisent les laïcs et que les laïcs demandent à être cléricalisés. Il s’agit d’une complicité pécheresse. »

Le dialogue avec Eugenio Scalfari porte aussi sur les méfaits du « narcissisme », y compris dans l’Église. Le narcissisme « peut produire de graves dommages non seulement à l’âme de celui qui en souffre, mais également dans le rapport avec les autres, avec la société dans laquelle il vit. » « Le vrai problème, c’est que ceux qui sont les plus atteints par ce qui est en réalité un problème mental sont des personnes qui ont beaucoup de pouvoir. Souvent les chefs sont narcissiques. Et même les chefs dans l’Église l’ont été », ajoute le pape.

« Les chefs de l’Église ont souvent été narcissiques, aimant les flatteries et excités de façon négative par leurs courtisans », poursuit-il, résumant : « La cour est la lèpre de la papauté ». Selon le pape, la Curie romaine n’est pas en soi une cour mais il s’y trouve « des courtisans ».

Début d’une Église « horizontale »

L’entretien est publié alors que s’ouvre ce 1er octobre la première réunion du nouveau « conseil des cardinaux » créé par le pape pour le conseiller. Les huit cardinaux l’entourant ne sont « pas des courtisans, mais des personnes sages et animés par les mêmes sentiments que moi ». Cette consultation inédite marque, pour lui, « le début d’une Église conçue comme une organisation non seulement verticale mais aussi horizontale ». Une façon ainsi pour le pape, qui n’a eu cesse de dénoncer une Église auto-réferentielle, d’empêcher cette même Église d’être « vaticano-centrique » afin qu’elle soit « la communauté du peuple de Dieu ».

Voulant une Église sortant aux « périphéries », « une Église missionnaire et pauvre » comme il la résume, le pape confirme sa volonté de l’impliquer davantage dans les questions sociales brûlantes. Comme lors de ses interventions durant son voyage apostolique à Rio fin juillet ou sa visite pastorale le 22 septembre en Sardaigne, il insiste pour que la société s’occupe davantage tant des jeunes que des personnes âgées dans une culture de dialogue et de rencontre. « Les plus grands maux qui affligent le monde » sont « le chômage des jeunes et la solitude dans laquelle sont laissées les personnes âgées ».

En Italie, chez les jeunes actifs de 15-24 ans, le taux de chômage a dépassé les 40 % en août, selon les statistiques italiennes provisoires publiées ce 1er octobre.

« Pas un Dieu catholique »

Dans cet entretien-fleuve, qui rappelle celui récemment donné aux revues jésuites, le pape François évoque aussi les grands saints qui l’inspirent – saint François d’Assise et saint Augustin –, il reparle de sa jeunesse et de ce qu’il a ressenti lors de son élection comme pape, entre autres. Il confesse enfin croire en Dieu, « non en un Dieu catholique – il n’existe pas un Dieu catholique, il existe Dieu ».

Les deux hommes devraient continuer leur « bout de route » ensemble puisqu’à la fin de leur conversation, le pape indique qu’ils parleront la prochaine fois « du rôle des femmes dans l’Église », répétant que l’Église est un mot « féminin ».

SÉBASTIEN MAILLARD (à Rome)

Publié dans Actualités

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