Les altermondialistes, Monaco et les bananes de Jersey

Publié le par Etienne Lozay

ReportageEn marge du G20, des militants anti-paradis fiscaux ont tenté une action à la frontière monégasque pour dénoncer l'opacité financière de la Principauté.

Par DOMINIQUE ALBERTINI envoyé spécial à Cannes

La manifestation anti-paradis fiscaux, jeudi 3 novembre 2011

Prudents, les commerçants de Cap d'Ail ont baissé le rideau. Des manifestations altermondialistes, cette petite commune chic de 5000 habitants, perchée à flanc de colline à proximité de la frontière monégasque, n'en voit pas passer tous les jours. Les quelques centaines de militants rassemblés sur la place sont venus depuis Nice, où se tient le sommet anti-G20.

Leur but: marcher sur la principauté, et en fermer symboliquement la frontière au nom de la lutte contre les paradis fiscaux. C'est symbolique, mais cela suffit pour déplacer pas mal de policiers - à pied, en hélicoptère et même en jetski.

Un accord Monaco-Groenland...

La question des paradis fiscaux est bien au programme du G20. Mais dans le cortège, les représentants d'ONG et d'associations ne s'en satisfont pas, soulignant que les grandes promesses sur le sujet ont rarement été suivies d'effets réels.

"En 2009, Monaco figurait sur la "liste grise", rappelle Mathilde Dupré, chargée de plaidoyer sur les paradis fiscaux à l'ONG CCFD-Terre Solidaire. Pour en sortir, la Principauté devait conclure des accords internationaux d'échange d'informations. Ce qu'elle a fait... avec d'autres paradis fiscaux, comme le Groenland ou les Bahamas! Mais pas avec l'Italie, alors qu'elle reçoit beaucoup d'argent de la péninsule".

Bruyant et coloré, le cortège avance sur la corniche. Mais un cordon policier l'arrêtera avant qu'il n'atteigne la frontière monégasque: on se contentera donc de peinturlurer un faux panneau-frontière.

Eva Joly: «On sait quoi faire»

Un peu plus loin, agitation: c'est le maire (UMP) de Cap d'Ail, Xavier Beck, qui tente le dialogue avec les manifestants. "Ecoutez, sur les paradis fiscaux, on a quand même fait quelques progrès (huées). Je rappelle que Monaco, c'est le deuxième bassin d'emploi des Alpes-Maritimes. Il y a 45 000 Français et Italiens qui y travaillent (huées) avec de meilleurs salaires et une meilleure protection sociale que chez nous (huées). C'est gagnant-gagnant!". Une militante: "L'évasion fiscale, c'est illégal!". Le maire, serré de près par des manifestants qui tentent de le couvrir d'autocollants: "Le système libéral n'est pas parfait, mais on peut l'améliorer". Moues sceptiques.

Plus loin encore, la candidate écologiste Eva Joly accorde discrètement quelques interviews. "Monaco, c'est 35 000 habitants et dix fois plus de comptes en banques. Les riches Italiens l'utilisent comme les riches Grecs utilisent la Suisse: pour ne pas payer d'impôts chez eux. Et on veut faire payer les pauvres! Ca suffit. Nous savons quoi faire: les banques doivent signaler au fisc les comptes français dans leurs filiales des paradis fiscaux".

Le retour se fait dans le calme, à l'image du reste de la manifestation. Une action comme celle-là peut-elle vraiment déranger le palais princier? "Peut-être, parce que Monaco est assez sensible à son image extérieure, estime Mathile Dupré. En 2010, pour l'améliorer, ils avaient inondé la presse avec une campagne de communication mettant en avant leur engagement dans les questions d'environnement et de développement".

Sur le chemin, une anecdote circule: savez-vous quel est le premier exportateur de bananes vers l'Europe? Non pas une République centre-américaine, mais, par la magie des domiciliations fiscales d'entreprises, la petite île anglo-normande de Jersey. Un paradis fiscal à 20 kilomètres du Cotentin.

Publié dans G8-G20

Commenter cet article