Matières premières : les spéculateurs ont encore de beaux jours devant eux

Publié le par Etienne Lozay

Les echos.fr  15/04/11 | 19:55 | mis à jour à 20:04 | Richard Hiault

La lutte contre la volatilité des prix des matières premières fait l'objet d'un consensus au sein du G20. Elle passe par une meilleure régulation des marchés dérivés et non par l'élimination de l'activité spéculative.  

Ecrit par Richard HIAULT Chef de service

La ministre des Finances française, Christine Lagarde, l'a de nouveau répété jeudi peu avant sa rencontre bilatérale avec son homologue brésilien, Guido Mantega. « La France n'a pas l'intention d'encadrer les prix des matières premières. Ce qui m'importe, c'est d'arriver à un cadre réglementaire harmonisé qui permette de lutter contre les excès ». Et d'ajouter que la totalité des membres du G20 est préoccupée de la volatilité excessive des cours de la plupart des matières premières. « C'est vrai que nous avons un réel problème. Mais, il n'est aucunement question de supprimer les activités spéculatives, nécessaire au bon fonctionnement des marchés financiers », avouait en coulisse un haut représentant du Fonds Monétaire International.

En clair, les spéculateurs ont encore de beaux jours devant eux. L'heure est à l'encadrement de leurs pratiques pour éviter les abus de marchés. C'est, du moins, ce qu'il ressort des discussions et des rapports établis par différentes organisations ou autorités de marché.

Mieux réguler les marchés dérivés

Lors de leur réunion, les ministres ont ainsi pris connaissance d'un rapport intérimaire élaboré par l'Organisation Internationale des Commissions de Valeurs sur les marchés dérivés du pétrole. Co-présidé par la CFTC américaine et la FSA britannique, deux des plus grands gendarmes boursiers au monde, ce groupe de travail a dressé quelques pistes pour mieux réguler les marchés dérivés dans leur ensemble. Renforcement de la transparence sur les marchés physiques, collecte d'information sur les stocks et la production, imposition si nécessaire de limite de position des opérateurs sur les marchés, sont parmi les recommandations. Comme le souligne un négociateur, « ce document s'inspire des pratiques américaines et en particulier de la loi Dodd-Franck. En la matière, il est vrai que les Etats-Unis ont démontré, depuis des décennies leur efficacité en la matière ».

Si les travaux vont se poursuivre d'ici au sommet des chefs d'Etat du G20 de Cannes en novembre, il est probable que les recommandations visant à réduire la volatilité des cours des matières premières s'inspirent des pratiques américaines. Pouvait-il en être autrement lorsque plus de 80 % des produits dérivés sont aujourd'hui contrôlés par 5 firmes financières américaines. A savoir, JPMorgan Chase, Bank of America, Goldman Sachs, Citigroup et Morgan Stanley.

Augmenter la transparence des négociations

Selon une étude réalisée par les ONG CCFD Terre Solidaire et Center of Concern, parue en février dernier, la loi Dodd-Franck « contient des mesures visant à augmenter la transparence des négociations sur les marchés de produits dérivés, en ce qui concerne notamment les marchés de produits dérivés de gré à gré. Le projet de loi imposera qu'une grande partie des transactions de dérivés -celles qui sont standardisées -soient effectuées sur des bourses publiques et électroniques afin d'augmenter la transparence ; elle prévoit, de plus, le recours aux chambres de compensation centrales afin de garantir également une transparence des risques pris et la nécessité de constituer des garanties en espèces ».

La loi contraint les régulateurs à établir des limites de position pour les opérateurs (en fonction de la marchandise et de la valeur du contrat) ainsi que des exigences de marge. Sur ce plan, la France et l'Allemagne espèrent que le G20 endossera lui aussi de telles exigences au niveau mondial. La Grande Bretagne, elle, s'y oppose. Mardi dernier, David Lawton, un des hauts responsables du gendarme boursier britannique (la FSA) a ainsi indiqué que de telles limites de position sont « généralement des outils rigides » et qu'il était « difficile d'établir des seuils appropriés » à ces limites. Et d'ajouter qu'il valait mieux concentrer les efforts sur la transparence des marchés dérivés de gré à gré.

Il est vrai que les autorités de régulation ont été horrifiées des difficultés à trouver rapidement quelles étaient les contreparties sur ces marchés de l'assureur AIG et de la Banque Lehman Brothers. En clair, il faut rendre ces marchés moins opaque et non y supprimer les activités spéculatives.

Envoyé spécial à Washington

RICHARD HIAULT

 

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