Rome resserre les liens avec Caritas Internationalis

Publié le par Etienne Lozay

Un décret signé du cardinal Bertone précise les nouveaux liens entre la confédération et le Saint-Siège

 

Désormais, l’ensemble des actions engagées par les Caritas se feront explicitement au nom de l’Église

Caritas Internationalis (CI) est-elle une ONG comme les autres ? Non, a rappelé mercredi 2 mai le Vatican avec force en publiant un décret qui précise la nouvelle articulation entre cette fédération internationale et les diverses instances gouvernementales de l’Église.

Ces directives sont rendues publiques un an après l’assemblée générale particulièrement tendue qui avait vu la Secrétairerie d’État s’opposer au renouvellement de Lesley Ann Knight, sa secrétaire générale. Plusieurs cardinaux de Curie, dont le secrétaire d’État Tarcisio Bertone, et le président du conseil pontifical Cor Unum , le cardinal guinéen Robert Sarah, étaient intervenus pour affirmer la nécessité de renforcer les liens entre la confédération et le Saint-Siège. Benoît XVI avait fait parvenir un message en ce sens à l’assemblée.

Un an après, les propos de Mgr Osvaldo Neves de Almeida, qui suit le dossier à la Secrétairerie d’État, sont sans appel sur l’identité catholique de la fédération et sur les liens organiques qu’elle doit cultiver avec l’Église. Ces nouvelles mesures juridiques visent à préciser le texte fondateur - dit « chirographe » – Ultima Cena  signé par Jean-Paul II en 2004 : « CI ne peut être assimilée à l’une des grandes organisations non-gouvernementales, même si elle remplit ses fonctions, dans la lutte contre la pauvreté, la coordination de l’aide humanitaire et le plaidoyer international, avec un professionnalisme reconnu », indique Mgr Neves de Almeida. Car CI « remplit sa mission spécifique au nom de l’Église, est appelée à renforcer la communion entre l’Église universelle et les Églises particulières, et doit porter le message de l’Église, en matière politique et sociale, au niveau international ».

« Le Vatican limite beaucoup l’autonomie des Caritas locales »

Ce resserrement des liens, vise, dit-on à Rome à renforcer l’« harmonie avec le Siège apostolique et le magistère ». Mais, comme le note François Soulage, président de Caritas France, on peut avoir le sentiment « d’une forme de reprise en main ».

Ainsi notamment de la présence au sein du Conseil exécutif, auparavant formé de sept membres élus par les Caritas, de trois évêques nommés par le pape : Mgr Paul Yaméogo, archevêque de Bobo-Dioulasso (Burkina) et président de Caritas Burkina, Mgr Youssef Antoine Soueif, archevêque maronite de Chypre et président de Caritas Chypre, et Mgr Bernard Hebda, évêque de Gaylord (États-Unis). Ce conseil se réunira trimestriellement et non plus deux fois par an.
« J’ai l’impression que le Vatican limite beaucoup l’autonomie des Caritas locales. Ce n’est pas une surprise, le nouveau texte impose la ligne la plus dure. Ce n’est pas scandaleux mais c’est dommage », regrette François Soulage.

Le P. Pierre Cibambo nommé assistant ecclésiastique

Le secrétaire général de Caritas Internationalis Michel Roy, élu lors de l’assemblée de mai 2011, voit pourtant dans ces décisions le signe d’un resserrement des liens entre CI et Rome : « Nos prises de position dans la lutte contre la pauvreté, la promotion de la justice et de la paix, exprimées désormais « in nomine Ecclesiae » n’en auront que plus de poids sur la scène internationale. »

Parmi les mesures annoncées mercredi, figure aussi la nomination de l’assistant ecclésiastique, dont le poste était vacant depuis un an, en la personne du P. Pierre Cibambo, prêtre congolais (Bukavu), responsable Afrique au sein de CI depuis plusieurs années. Enfin, le nihil obstat du Saint-Siège sera requis pour l’élection du trésorier, alors qu’il ne l’était que pour les fonctions de président (actuellement le cardinal hondurien Oscar Maradiaga) et de secrétaire général. Une nouvelle commission, dite « d’appui », sera également créée pour veiller à l’application de ces nouvelles normes.

Le lien indispensable avec la Secrétairerie d’État sur le plan diplomatique

Dans un texte présentant l’ensemble, le cardinal Robert Sarah, dont le conseil pontifical Cor Unum  reste le correspondant privilégié de CI, explique que ces mesures « ne concernent pas les Caritas locales, qui maintiennent leur autonomie et continuent à dépendre de leurs évêques. » Mais il ouvre une porte : « Ce décret pourrait inspirer les évêques et les épiscopats à revoir éventuellement les statuts de leurs Caritas locales. »

De fait, les quatre milliards d’euros qui, chaque année, irriguent, par les Caritas, les canaux de la charité et de la solidarité des catholiques à travers le monde, pèsent d’un poids important, au nom de l’Église. Ici ou là, leur utilisation a pu, dans certains cas, susciter des polémiques quant à leur adéquation avec « une juste vision anthropologique, enracinée dans la doctrine catholique et engagée à défendre la dignité de la personne humaine » telle que précisée par le cardinal Sarah.

Ainsi, le décret affirme également le lien indispensable avec la Secrétairerie d’État sur le plan diplomatique, comme avec la Congrégation pour la doctrine de la Foi sur le plan doctrinal.

FRÉDÉRIC MOUNIER (à Rome) et BRUNO BOUVET

Publié dans Divers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article