Evreux, le 10 mars 2010,
Objet : Demande de mesure humanitaire pour la famille Omérovic
Monsieur le Président de la République,
C’est à Evreux que les parents, Mehmet et Fata Omérovic, ont commencé à apprendre le français et que leurs quatre enfants en âge scolaire, Admira, Fadila, Harif et Sevko, ont enfin pu être scolarisés régulièrement et se sont intégrés avec succès et détermination au système scolaire.
Le papa, Mehmet Omérovic, a obtenu une promesse d’embauche.
Ils ont, peut-être pour la première fois, un logement qui a été fourni par le Centre Communal d’Action Sociale d’Evreux et qu’ils ont aménagé avec bonheur.
Ils se sont faits de nombreux amis et nombreuses sont les personnes qui les soutiennent : voisins, enseignants, parents d’élèves, bénévoles associatifs- citoyens.
De nombreux élus les soutiennent également.
Cette insertion en cours, réussie, est tout le contraire de ce qu’ils ont vécu en Bosnie où les discriminations à l’égard des Roms (et notamment des Roms musulmans) sont toujours très fortes en matière d’emploi, d’éducation, de logement, de santé, etc., et ce malgré les proclamations des responsables du pays.
Depuis plusieurs semaines, un nombre croissant de citoyens s’est mobilisé contre le refus opposé par la préfecture de l’Eure à la demande de titre de séjour déposée par cette famille ; préfecture qui, sourde à toutes les demandes de réexamen, a programmé le retour de la famille Omérovic vers la Bosnie pour le vendredi 12 mars prochain.
Les parents, menacés d’arrestation immédiate, d’enfermement et de retour forcé, ont en effet été contraints de signer le document de demande d’aide au retour, préférant épargner à leurs enfants le traumatisme d’une expulsion après rétention.
Pourtant, ils souhaitent ardemment rester en France.
L’avenir de ces deux parents en détresse et de leurs cinq enfants est désormais entre vos mains.
Je sollicite de votre part une mesure humanitaire de protection à l’égard de cette famille déjà tellement éprouvée.
Que peut, en effet, signifier pour eux ce retour « volontaire » forcé en Bosnie, pays encore très récemment condamné par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour ses discriminations à l’égard de minorités (Roms, Juifs) ?
Je considère que l’Etat français ne doit pas, ne peut pas, faire prendre à cette famille le risque du retour vers des conditions de vie qu’ils ont cherché à fuir depuis tant d’années.
C’est pourquoi je vous demande instamment de bien vouloir prendre, à son égard, une mesure humanitaire, à titre exceptionnel, dans l’intérêt supérieur des parents et des enfants Omérovic.
Persuadée que vous serez sensible à cette dramatique situation et aurez à coeur de donner les instructions propres à un dénouement heureux, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma considération.


